Bilan macroéconomique

L’économie mondiale toujours dans une phase convalescente

Les bonnes perspectives aux Etats-Unis et la croissance des émergents soutiendront l’économie au second semestre tandis que l’Europe peine à redémarrer - Cet équilibre reste cependant fragile, les trois zones, pour des raisons différentes, demeurant tributaires de problèmes structurels de long terme.

L’annonce a fait l’effet d’une bombe sur les marchés. Le 19 juin dernier, Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), déclarait, lors d’une conférence de presse, que certaines des mesures non conventionnelles d’injection de liquidités dans l’économie américaine (le troisième quantitative easing) allaient ralentir jusqu’à s’arrêter au milieu de l’année prochaine (lire l'avis d’expert). Et même si le président de la Fed, dans une analogie avec l’automobile, n’a parlé que de « relâcher un peu l’accélérateur », les marchés semblent avoir entendu « freiner des deux pieds ».

Le problème est que même si l’économie américaine paraît, sur plusieurs points, confirmer son redressement, elle reste toujours fragile. De quoi inquiéter les investisseurs, dans un monde où les risques systémiques, bien que s’étant éloignés en Europe, n’ont pas encore totalement disparu et où les émergents sont entrés dans une nouvelle phase de croissance plus faible qu’il y a encore quelques mois. 

Reprise modérée des Etats-Unis.

Si tout n’est pas encore rentré dans l’ordre aux Etats-Unis, force est de constater que le pays affiche tout de même une certaine dynamique. La consommation continue de progresser, tirée par la hausse des revenus des ménages et un marché du travail bien orienté.« Les signes positifs sur l’emploi se multiplient aux Etats-Unis, y compris dans le secteur de la construction ou dans les collectivités locales. Et le marché travail temporaire, qui constitue un indicateur avancé, est aujourd’hui au plus haut », précise Philippe Delienne, président de Convictions AM.

La consommation est aussi soutenue par des effets richesse plus marqués aujourd’hui. Ceux-ci tiennent à la fois de la hausse des marchés d’actions – le Dow Jones a dépassé ses plus hauts historiques au mois de mars dernier et enregistre toujours une hausse de 13 % depuis le début de l’année malgré le repli de ces dernières semaines – et de la progression de l’immobilier, même si ce marché « reste toujours largement dominé par les investisseurs », précise un professionnel.

Selon certains économistes, ces facteurs pourraient entraîner une croissance de plus de 2,5 % pour le pays, mais « si cela ne se traduit pas dans les chiffres, c’est dû en partie aux contraintes budgétaires qui pèsent sur l’économie », explique Olivier Raingeard, chef économiste de la Banque Neuflize OBC. En effet, toujours selon le professionnel, « le manque de visibilité sur la politique budgétaire qui sera conduite par le gouvernement et la non-capacité des républicains et démocrates à s’entendre sur une stratégie de consolidation des finances publiques avec un relèvement du plafond de la dette empêchent l’économie américaine de tourner à plein régime ».

Par ailleurs, on détecte un autre problème : si la situation de l’emploi s’améliore, Laurent Berrebi, président directeur général de Global Macro Finance, fait remarquer que « les gains de productivité des entreprises américaines sont aujourd’hui très faibles. La masse de leurs profits stagne depuis plusieurs trimestres et la croissance du bénéfice par action (BPA) est tirée par par les rachats d’actions qui en réduisent de factole nombre ». « Le niveau des investissements reste faible, la reprise sera complètement confirmée lorsqu’il remontera », complète Philippe Delienne.

Aussi longtemps que le problème de la consolidation des finances publiques américaine ne sera pas levé, et sans reprise marquée de l’investissement, il y a donc peu de chances d’assister à une forte accélération de la croissance outre-Atlantique. « Pour les mois à venir, nous attendons donc une économie américaine affichant une croissance de 2 à 2,5 % », anticipe Olivier Raingeard. 

L’Europe toujours fragile.

Du côté de l’Europe, trois ans après le début de la crise souveraine, tout est loin d’être réglé. Evidemment, l’intervention du président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, pendant l’été 2012, avait éloigné les risques systémiques l’institution s’érigeant en défenseur de l’euro coûte que coûte mais la zone reste toujours à risque.

D’autant que plusieurs échéances attendent le continent dans les prochaines semaines ou les prochains mois. « Un achoppement sur l’union bancaire, permettant enfin à l’Europe de statuer sur l’intervention directe de l’Europe au capital des banques, constituerait un facteur de risque pour la stabilité européenne, s’inquiète Olivier Raingeard.Il faut espérer que les tensions actuelles sur les marchés financiers poussent les autorités politiques à se mettre d’accord rapidement pour mettre en place cette union. »

Ensuite, les élections allemandes en septembre 2013 pourraient aussi constituer un facteur d’instabilité.

Enfin, même si ce scénario est loin de faire l’unanimité, la sortie d’un pays de la zone euro n’est pas encore exclue pour certains. « Certains pays de la zone euro seront incapables de redresser leur situation budgétaire sans demander une aide, prévoit Laurent Berrebi. Mais comme celle-ci reste conditionnée à une perte de souveraineté, ils pourraient ne pas être prêts à l’accepter politiquement. Il est donc encore probable de connaître de nouvelles périodes de stress sur les marchés financiers par crainte de voir un pays sortir de l’euro. Dans ce cas, les autres se trouveront dans l’obligation d’agir de concert pour ne pas voir la zone se désintégrer. »

Malgré tout cela, les indicateurs avancés européens, comme les PMI, commencent à se redresser. Ce qui fait augurer à Olivier Raingeard « une sortie de récession de la zone euro avant la fin de l’année – au début de l’année prochaine pour les pays en difficulté – mais une croissance qui restera faible »

Les émergents ralentissent.

Enfin, les émergents ne sont, de leur côté, pas non plus à l’abri des difficultés. Le Brésil d’abord, fait face depuis plusieurs semaines au mécontentement d’une certaine frange de la population. « La très forte croissance du crédit privé ces dernières années a généré des pressions inflationnistes et qui aboutit à la situation dans laquelle se trouve le pays aujourd’hui », note Olivier Raingeard.

La Chine connaît également des problèmes. Le pays se trouve aujourd’hui dans une phase de transition d’un modèle de croissance tourné vers les exportations vers un modèle tiré par la consommation. Mais on ne bascule pas d’un modèle à l’autre facilement, d’autant que le pays ne peut plus utiliser l’arme monétaire car les autorités ne veulent pas alimenter la bulle de surinvestissement qui gonfle aujourd’hui dans la zone. La croissance chinoise est donc attendue aux alentour de 7,5 % par Olivier Raingeard, « avec un risque à la baisse compte tenu de la volonté de la banque centrale chinoise de ralentir la croissance du crédit ».

Finalement, même si l’économie mondiale se porte mieux qu’il y a un an et laisse entrevoir une croissance mondiale modérée tirée par les Etats-Unis et les émergents – malgré leurs problèmes respectifs, aucun rebond vigoureux n’est attendu sur aucune des zones à court terme.