Le vrai pari

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La sortie attendue des valeurs mobilières de la base taxable de l’impôt sur la fortune y est peut-être pour quelque chose. Toujours est-il qu’en septembre, les investisseurs ont marqué de façon spectaculaire leur confiance dans la maison France. Selon les statistiques d’Europerformance SIX Financial Information, la collecte sur les fonds de droit français investis en actions domestiques a atteint près de 774 millions d’euros. A titre de comparaison, les souscriptions enregistrées depuis le début de l’année se sont élevées sur ces OPCVM à 215 millions d’euros, et ce uniquement grâce aux petites et moyennes capitalisations. Pour les fonds généralistes et indiciels, il a plutôt été question d’hémorragie, avec des sorties nettes de près d’un milliard d’euros. L’engouement récent n’est pas vraiment une exclusivité hexagonale. L’Europe toute entière va mieux et le retour de la croissance y est perceptible. Les investisseurs en ont d’ailleurs profité qui, en septembre, ont placé dans des fonds d’actions européennes plus de 1,5 milliard d’euros. Quoi qu’il en soit, en France, l’exécutif a dû apprécier ces chiffres, alors qu’il fait le pari que l’économie française sera la grande bénéficiaire de sa mesure fiscale phare et qu’il ne s’agit en rien d’un « cadeau fait aux riches », le procès du moment.

Il convient néanmoins au sommet de l’Etat de garder la tête froide. Sans bouder le plaisir de voir notre économie dans un meilleur état, et le moral des investisseurs se redresser, il y a encore beaucoup à faire, comme l’a rappelé dans son dernier rapport sur les perspectives 2018 l’institut Coe-Rexecode. Et de citer des freins structurels liés à une compétitivité-coût insuffisante, ou des prélèvements obligatoires trop élevés. L’institut a bien relevé que les réformes engagées en France s’opéraient dans un contexte macroéconomique favorable, mais loin d’être pérenne. La croissance mondiale est proche de son niveau maximum, et même en zone euro, le rythme de croissance devrait s’infléchir légèrement l’an prochain. Mais la poursuite de la croissance est encore à l’ordre du jour. Y compris en France. Tout serait globalement positif si le redressement de l’économie mondiale au plus fort de la crise ne s’était payé par des politiques monétaires très accommodantes, dans un contexte d’inflation faible. De fait, le Fonds monétaire international a pointé des risques liés à un ajustement trop rapide des politiques monétaires menées par les banques centrales, qui pourrait in fine provoquer des turbulences sur les marchés financiers. La semaine dernière, c’est un responsable de la BCE qui a mis en garde sur les risques de correction des places financières.

Là est sans doute le vrai pari. Que rien ne vienne perturber les efforts entrepris pour orienter les investissements vers la bourse en général et les entreprises françaises en particulier. Dans un contexte favorable, cette stratégie pourrait faire des émules. Dès lors le gouvernement pourra faire la leçon à l’opposition sur ces gestes fiscaux. Les « cadeaux faits aux riches » auront été incitatifs, et pas forcément favorables. Loin d’une garantie tous risques pour la fortune en somme.