Le variant Delta fait frémir les prévisions de croissance

Fabrice Anselmi
Les économistes décalent un peu leurs prévisions sans vraiment les remettre en cause.
Pixabay

Les dernières prévisions de croissance des grandes agences nationales ou supranationales comme le Fonds monétaire international (FMI) étaient plutôt orientées à la hausse. Et si les Etats ne veulent pas encore imaginer que la quatrième vague de coronavirus entraînée par le variant Delta puisse les remettre en cause, la forte montée des contagions depuis deux semaines aux Etats-Unis commence à inquiéter.

Mercredi, Goldman Sachs a révisé à la baisse sa prévision de croissance de l’économie américaine pour le troisième trimestre, à +5,5% contre +9% précédemment (après +6,5% au deuxième trimestre). La banque a cependant relevé ses estimations pour le quatrième trimestre à +6,5% au lieu de +5,5% – ce qui reviendra à diminuer sa prévision de +6,6% à +6% pour l’année 2021 –, ainsi que pour les trois premiers trimestres 2022. La banque d’investissement explique que le variant Delta a un effet plus important que prévu, compte tenu de ses répercussions sur la consommation et la production. «Les dépenses consacrées aux repas, aux voyages et à certains autres services devraient diminuer en août mais nous pensons que la baisse sera modeste et brève», indiquent ses économistes, qui misent sur le reflux des craintes liées à la pandémie, la reprise du secteur des services et la reconstitution des stocks en fin d’année.

Davantage de risques à la baisse

De nouvelles restrictions à la mobilité sont apparues dans d’autres pays. L’Australie avait été l’un des premiers concernés fin juin, et Goldman Sachs estime que ces blocages devraient mener à une contraction du PIB de -2% sur le troisième trimestre en raison d’une consommation des ménages et d’une activité de construction plus faibles, a précisé Andrew Boak lundi. L’économie australienne devrait ensuite croître de +1,8% au quatrième trimestre, pour une progression globale ramenée de +4,7% à +4,2% en 2021, avec un assouplissement des restrictions plus progressif que par le passé. «Les risques à la baisse pour les perspectives macro-économiques de l’Australie ont considérablement augmenté depuis début juillet, lorsque la Banque d’Australie (RBA) a annoncé la réduction de son programme d’assouplissement quantitatif (QE)», détaille l’économiste, pour qui cette réduction devrait se poursuivre en septembre, mais sans autre diminution du soutien monétaire. Pour 2022, il a augmenté son estimation de PIB de 0,4 point de pourcentage, à +4,2%. Craignant qu’une levée trop lente des restrictions pèse sur le rebond, le Premier ministre australien Scott Morrison parle d’assouplir les mesures dès que 70% des adultes auront été vaccinés… alors que seulement 30% le sont actuellement.

En Europe, les taux de vaccination plus élevés (à 56% ou à 64% selon que l’on prend en compte une ou deux doses) et bien plus homogènes qu’aux Etats-Unis (où ces taux atteignent 51% et 60%) permettent de modérer fortement les contagions graves et les décès, et de constater un fléchissement des contagions, à l’exception de la France. «La mobilité n’a pas été réduite : à ce stade, il est difficile de déduire que cette nouvelle vague va avoir un impact négatif fort sur l’activité», note Sebastian Paris Horvitz, stratégiste de LBPAM, en rappelant l’inquiétante réticence à la vaccination aux Etats-Unis et l’impératif d’accélérer la campagne mondiale pour sortir de la crise et rétablir la confiance. La banque centrale allemande (Bundesbank) a quand même indiqué, lundi, dans son rapport mensuel, que la pandémie de Covid-19 pourrait peser de manière inattendue sur l’économie outre-Rhin. La reprise prévue à +3,7% en 2021 et +5,2% en 2022 en Allemagne pourrait dès lors être plus timide en fin d’année, et ce malgré l’assouplissement des restrictions cet été au profit des services.

Moindre croissance des PMI

Les fortunes diverses dans la lutte contre la pandémie ont pris forme dans les indices PMI «flash» publiés lundi. Ainsi, l’activité des services au Japon a diminué au rythme le plus rapide depuis mai 2020 (à 43,5 en août après 47,4 en juillet) avec les restrictions pour lutter contre la nouvelle vague épidémique. En Europe, le secteur manufacturier (61,5) a davantage souffert que les services (59,7) du fait des pénuries de composants et des difficultés de transport, et l’indice PMI des services (55,5) a été bien inférieur aux prévisions au Royaume-Uni. Les données PMI ont aussi montré un ralentissement de la croissance en cours aux Etats-Unis, l’indice Composite ayant touché un point bas en huit mois, à 55,4 en août après 59,9 en juillet, avec un recul plus marqué dans les services (55,2 après 59,9) que dans l’industrie (61,2 après 63,4).