Le Spac devient une porte de sortie pour les anciens banquiers

Franck Joselin
Martin Blessing, l’ex-patron de Commerzbank, dont le bilan laisse à désirer, lance lui aussi une société «chèque en blanc» pour investir dans les fintechs.

Les Spac, aussi appelées «sociétés chèque en blanc», portent bien leur nom. Comme pour les chèques en blanc, elles impliquent une confiance sans faille de la part de ceux qui apportent les fonds. C’est pour cela que ces sociétés ad hoc, introduites en bourse pour en racheter d’autres, sont lancées par des personnalités aux CV bien remplis, pouvant s’appuyer sur leurs expériences passées, et convaincre les investisseurs de les suivre. Et parmi ceux-ci, les anciens banquiers s’affichent tout particulièrement. Les Spac constituent de bonnes portes de sorties pour les ex-dirigeants de banques, en mal de nouveaux postes ou désireux de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale.

Après Tidjane Thiam, l’ancien patron de Credit Suisse, en janvier, et Jean-Pierre Mustier, l’ancien dirigeant d’UniCredit, en février, c’est au tour de Martin Blessing de lancer le sien, Efic 1. Il s’appuie pour cela sur son expérience de président du directoire de Commerzbank de 2008 à 2016, après avoir été membre du comité exécutif de la banque de 2001 à 2008, et sur son passage chez UBS, de 2016 à 2019, où il a fini codirecteur de la gestion de fortune.

Le Spac qu’il lance se spécialise dans les fintechs, sera coté à la bourse d’Amsterdam, et compte lever entre 300 et 400 millions d’euros. Mais Martin Blessing devra tout de même, comme ses homologues banquiers qui lancent ce type de véhicule, justifier de sa performance passée dans le secteur bancaire. Or, s’il est vrai que son accession à la tête de Commerzbank coïncide avec le début de la crise financière, le cours de bourse de la deuxième banque allemande est passé de 177 euros début 2008 à moins de 10 euros début 2016, soit une chute de... 95%. Il est aujourd’hui à un peu plus de 5 euros. A titre de comparaison, le titre de Deutsche Bank, la première banque germanique, avec laquelle Commerzbank avait failli fusionner en 2019, est passé de 68 à 19 euros pendant la même période, soit une baisse de 72%.

Chez UBS, la carrière de Martin Blessing n’a pas été couronnée par un véritable succès. Elle croise de manière détournée celle de Tidjane Thiam, puisque Martin Blessing a été remplacé en 2019 par Iqbal Khan, celui-là même qui avait provoqué le départ de Tidjane Thiam de Credit Suisse début 2020, après une affaire d’espionnage.