Le régulateur européen pointe à nouveau le découplage entre les marchés et l’économie

Fabrice Anselmi
L’Autorité des marchés et celle des assureurs avancent le risque d’une correction des prix.
(Max Pixel)

Les marchés financiers européens ont poursuivi leur reprise au troisième trimestre mais restent très sensibles alors que la volatilité est remontée fin octobre autour des développements du Covid-19 (avant de redescendre) : cela montre bien la persistance de risques importants, estime l’Autorité des marchés financiers (Esma) dans son tableau de bord des risques paru mercredi.

La valorisation des actions a progressé, mais avec de fortes différenciations géographiques et sectorielles. Les valorisations obligataires ont également connu des hausses importantes, ramenant les indices «investment grade» (IG) et «high yield» (HY) ou de dettes émergentes (EM) désormais au-dessus de leurs niveaux d’avant-crise, poursuit le régulateur, rappelant que les dégradations de notation de crédit ont ralenti au troisième trimestre. Concernant le crédit aux entreprises, qui apparaît comme une zone de risques croissants si la pandémie perdure, les rendements ont donc nettement baissé sur les obligations IG, et de manière encore plus significative sur les obligations HY : les valorisations ont bouclé le troisième trimestre respectivement 14% et 16% au-dessus de leurs niveaux d'avant-crise. Enfin, les fonds d'investissement ont enregistré des collectes sur toutes les classes d'actifs.

Renversement de l'évaluation des risques

«Ces évolutions mettent en évidence le risque persistant de découplage entre la valorisation des actifs et les fondamentaux économiques. Par conséquent, le risque de renversement soudain de l’évaluation des risques par les investisseurs est le principal risque que nous constatons actuellement pour les marchés financiers», insiste encore l’Esma.

Pour l'avenir, le régulateur s’attend à une période durablement risquée pour les investisseurs (institutionnels et retail), avec d’éventuelles nouvelles corrections importantes, en fonction de l'impact économique de la pandémie et des attentes plus ou moins justes du marché sur les mesures de soutien monétaire et budgétaire.

L’Autorité européenne des assurances (Eiopa), qui a aussi publié mardi son tableau de bord des risques, fait les mêmes constats généraux, ne tenant pas compte de la deuxième vague de coronavirus. Mais elle conclut également, sur la base des rapports Solvabilité 2 à fin juin, que les assureurs européens sont un peu moins exposés aux risques de marché, de crédit et de solvabilité qu’au début de la crise. La moindre volatilité des marchés obligataires, grâce à l’intervention directe des banques centrales, en est une raison probable.