Le rebond des marchés manque de soutien

Par Xavier Diaz
Les actions et le crédit ont poursuivi leur reprise mais la volatilité reste élevée, ce qui limite la capacité de rebond.
(Bloomberg)

Les marchés d’actions ont enregistré, hier, une deuxième séance consécutive de forte hausse, tandis que sur les marchés crédit la tension semblait redescendre, les investisseurs continuant de saluer l’accord trouvé à Washington entre les républicains et les démocrates sur un plan de relance de 2.000 milliards de dollars.

Mais ce rebond semble avant tout technique. Les stratégistes de Goldman Sachs expliquent que les marchés atteignent leur point bas durant les crises quand les risques extrêmes se réduisent : «Tant que les conditions continuent de se détériorer rapidement, les marchés attribuent une probabilité plus importante au risque extrême. Les points d’inflexion naissent quand le marché est capable d’y mettre des limites avant même que la reprise réelle ne se matérialise ». Et les conditions pour que cette stabilisation soit durable sont nombreuses : outre la stabilité de l’épidémie en Europe et aux Etats-Unis, il est nécessaire d’avoir une bonne visibilité sur l’ampleur et la durée du blocage de l’économie, un stimulus monétaire et budgétaire mondial suffisant, une réduction du stress sur la liquidité, que les risques extrêmes ne s’aggravent pas et que les valorisations soient à des niveaux extrêmes sur l’ensemble des classes d’actifs.

Or, les marchés actions n’ont pas encore atteint les niveaux extrêmes de la crise de 2008. Wall Street avait alors perdu 57 %. Après leur rebond des deux dernières séances, leur recul est de 25 % par rapport au pic du 19 février. Le marché crédit est lui encore loin des niveaux de spread de la grande crise financière. La prime de risque high yield a triplé à 900 points de base (pb) en Europe comme aux Etats-Unis, retrouvant les niveaux de 2015, mais pas de 2008 (2.000 pb). En revanche, l’écart entre le spread investment grade et high yield est aussi important qu’il y a douze ans.

Manque de capital

A cette approche fondamentale, s’ajoute une dimension technique. Beaucoup d’investisseurs sont dans l’incapacité de reprendre du risque dans leur portefeuille, le niveau de la volatilité restant élevé. L’indice VIX continue d’évoluer autour de 60 %. Ce manque de capital à redéployer risque de contraindre le rebond. «Les options VIX et euro/dollar à 3 mois à la monnaie anticipent une baisse de la volatilité réalisée mais le marché manque de capital pour l’exploiter davantage», observe Sébastien Galy, stratégiste chez Nordea AM pour qui une baisse éventuelle de la VaR mais surtout une amélioration sur le crédit et les actions y contribueraient. Les investisseurs pourraient ainsi mettre à profit les nombreuses dislocations sur les marchés.