Le rallye estival touche à sa fin

Xavier Diaz
Après avoir effacé la moitié des pertes du premier semestre, les marchés actions entrent dans une période délicate avec des taux en nette hausse.
(Pixabay)

Le pire n’est jamais certain. Les opérateurs, qui craignaient un été chaud sur les marchés, ont été rassurés. Contre toute attente, après un mauvais premier trimestre pour la plupart des classes d’actifs, hormis l’énergie et les matières premières, les actions et les obligations ont fortement rebondi. Mais la nette baisse des places boursières vendredi, dans le sillage de la nouvelle correction sur les marchés de taux, semblait siffler la fin du rallye d’été.

Depuis leur creux en juin, la plupart des indices actions ont rebondi alors que les investisseurs ont interprété les dernières réunions de la Réserve fédérale américaines comme ouvrant la voie à un revirement plus rapide qu’anticipé vers un ton plus accommodant (dovish). Un sentiment renforcé par le compte-rendu de la réunion de juillet (minutes) et par une inflation plus faible en juin semblant confirmer que la hausse des prix à la consommation a atteint un pic. Du moins aux Etats-Unis. La saison des résultats au deuxième trimestre a été jugée positive, favorisant la reprise des actions. «Un pic d'inflation, la perception d’un pivot accommodant de la Fed et des résultats meilleurs que prévu au deuxième trimestre ont entraîné un net rebond des actions par rapport à des niveaux importants de survente, aidé par des rendements en baisse et un dollar plus faible», explique Emmanuel Cau, stratégiste actions chez Barclays. Les rendements des emprunts d’Etat américains et des Bund à 10 ans ont fondu de plus de 100 points de base durant l’été. Ce qui a favorisé les valeurs de croissance, dont la technologie.

A Wall Street, l’indice Nasdaq a repris près de 20% depuis juin (il est même passé en bull market – soit plus de 20% de hausse depuis le creux) tandis que le S&P 500 a regagné 16%. En Europe, la hausse n’est que de 10% pour l’indice Stoxx Europe 600 depuis le creux de juillet alors que la crise de l’énergie et les craintes de récession continuent de peser sur les places boursières de la région. L’indice MSCI Monde a regagné 13% depuis son point bas de juin.

Résilience des actions

Au cours des dernières séances, le rebond des actions s’est poursuivi malgré les avertissements de plusieurs membres de la Fed sur leur volonté de combattre une inflation qui est loin d’avoir été vaincue, estimant sans doute trop optimiste l’attente d’un pivot de politique monétaire par les marchés. L’inflation est même attendue encore en progression en Europe en raison de la hausse des prix de l’énergie. L’annonce d’une inflation de plus de 10% au Royaume-Uni en juillet (la première grande économie à dépasser ce niveau) a choqué les investisseurs. La Banque d’Angleterre anticipe un pic d’inflation au-delà de 13%, ce qui la contraint à poursuivre son resserrement monétaire malgré l’anticipation d’une récession de plus d’un an. La Banque centrale européenne n’a pas non plus terminé sa lutte contre l’inflation. Les propos restrictifs (hawkish) des banquiers centraux ont provoqué la semaine passée une nouvelle correction sur les taux qui n’avait jusqu’à vendredi pas ému les investisseurs sur les marchés actions.

Une telle résilience s’expliquerait par un retour de l’esprit FOMO (fear of missing out), la peur de manquer les opportunités. Beaucoup d’investisseurs ont laissé échapper une grande partie du rebond, ce qui les incite à rentrer dans le marché, en dépit de la correction sur les taux, les mises en garde des banquiers centraux et les risques de récession. «Cela semble attester d’un retour de cet état d’esprit», affirme le stratégiste de Barclays pour qui le sentiment des investisseurs et les aspects techniques du marché sont beaucoup moins négatifs qu’au premier semestre. Dans sa dernière enquête mensuelle auprès des investisseurs, Bank of America observe que le sentiment reste baissier (bearish) mais qu’il n’est plus «apocalyptiquement» baissier. La sous-pondération moyenne sur les actions est passée de 44% en juillet (un plus haut depuis 2008) à 26% en août. Les investisseurs particuliers ont également fait leur retour.

Positions vendeuses

La couverture des positions vendeuses, amassées au premier trimestre, notamment par les hedge funds, a été un facteur important du rebond, de même que les achats par les investisseurs systématiques compte tenu de la baisse du niveau de volatilité. L’indice VIX de volatilité implicite de l’indice S&P 500 a chuté depuis juin passant de plus de 30 à moins de 20, avec une moyenne à 21 en août, son plus bas depuis novembre 2021. Le rebond spectaculaire des valeurs les plus vendues au premier semestre, c’est-à-dire les valeurs de croissance et la tech, suggère que ces rachats de positions vendeuses ont été l’un des moteurs de la hausse. Les valeurs de croissance ont surperformé de 13% la value aux Etats-Unis sur la période, et de 11% en Europe.

«Il est beaucoup trop tôt pour que les banques centrales revendiquent la victoire dans leur lutte contre l’inflation», affirme Emmanuel Cau qui n’est pas le seul à se montrer prudent. Morgan Stanley, UBS et Bank of America estiment que le rallye touche à sa fin. En revanche, JPMorgan reste positive sur les marchés actions.

Vendredi, les places boursières en Europe comme à Wall Street ont enregistré leur première performance hebdomadaire négative depuis mi-juillet. Ce repli, où les valeurs de croissance étaient les plus affectées, est intervenu sur fond de correction des marchés de taux. Le premier signe que l’euphorie estivale est passée ? La semaine passée, les positions vendeuses des hedge funds sur les actions ont de nouveaux augmenté, selon plusieurs banques citées par Bloomberg. Pour beaucoup après le bond de cet été, qui a permis d’effacer la moitié des pertes du premier semestre, une consolidation semble nécessaire. La perspective du symposium de Jackson Hole, où Jerome Powell, le président de la Fed, est attendu sur les prochains pas de la banque centrale américaine, avant les chiffres de l’emploi et l’inflation en août aux Etats-Unis, pourrait être un catalyseur.