Le private equity français atteint de nouveaux sommets

Aroun Benhaddou
Selon l’association France Invest, les acteurs tricolores du non coté ont levé 41,8 milliards d’euros l’an dernier. Un record absolu.
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Après une année 2020 marquée par l’attentisme des investisseurs, l’industrie française du private equity repart sur les chapeaux de roue. Selon une étude annuelle réalisée par France Invest et Grant Thornton, les acteurs du non coté ont levé pas moins de 41,8 milliards d’euros l’an dernier. Un record absolu, alimenté par l’ensemble des sous-segments de la classe d’actifs. «Les levées des fonds de capital-investissement ont été en croissance sur tous nos métiers, du capital-innovation au capital-développement, en passant par le capital-transmission (LBO)», explique Claire Chabrier, la présidente de France Invest. Avec toutefois quelques nuances.

Les fonds tricolores de capital-innovation (aussi appelé capital-risque) ont empoché près de 4 milliards d’euros en 2021, soit respectivement 20% et 63% de plus qu’en 2020 et 2019. Un dynamisme partagé par les fonds de capital-développement, où évoluent aussi les très prisés acteurs de «growth». Pour eux, la progression atteint 47%, et 98% par rapport aux deux précédentes années, grâce à un montant collecté de près de 10,5 milliards d’euros en 2021.

En revanche, les fonds de LBO n’ont récolté qu’un peu moins de 10 milliards d’euros l’an dernier. Le chiffre est en hausse par rapport à 2020, année chamboulée par l’émergence du Covid-19, mais s’avère encore nettement inférieur à 2019, où quelque 13 milliards avaient été amassés. Pour la première fois de l’histoire du private equity français, le LBO n’est plus le sous-segment dominant de l’industrie.

La locomotive de «l’infra»

Pour atteindre 41,8 milliards d’euros (soit respectivement 36% et 78% de plus qu’en 2019 et 2020), le non coté français a aussi pu compter sur la locomotive de l’infrastructure. Les fonds de cette classe d’actifs ont empoché la somme record de 17,2 milliards d’euros l’an dernier, contre 5 milliards en 2020 et un précédent record à 12,1 milliards en 2018. «Les levées des fonds ‘infra’ présentent d’importantes variations d’une année sur l’autre. Celles-ci s’expliquent par une relative concentration du marché autour d’un petit nombre d’acteurs de taille importante et qui ne lèvent pas chaque année», explique la présidente de l’association. L’an dernier, Meridiam avait levé 5 milliards d’euros pour financer ses nouveaux projets, tandis que Cube Infrastructure Managers levait le voile sur le premier closing de son fonds de troisième génération, à 1 milliard d’euros. En parallèle, la société de gestion présidée par Alain Rauscher avait inauguré un nouveau véhicule «infra» mid cap de 2,2 milliards d’euros, comme l’avait révélé L’Agefi.

Les impressionnantes collectes réalisées par les véhicules du non coté sont en partie à mettre au crédit des investisseurs étrangers. En effet, le nombre de véhicules ayant levé à l’international a enregistré une forte progression en 2021, pour atteindre 138, contre 75 un an plus tôt. Un signe que les investisseurs internationaux ne sont plus la chasse gardée des plus gros fonds.

Qui plus est, la démocratisation du private equity s’accélère à grands pas. Selon l’étude, les personnes physiques et family offices ont apporté plus de 4,2 milliards d’euros aux fonds tricolores l’an dernier, soit une progression de 78% par rapport à 2020. Ils représentent désormais la deuxième source de financement de l’industrie, derrière les fonds de fonds… mais devant les compagnies d’assurances et les mutuelles (4,1 milliards d’euros). Une première.