Interview

« Le nouveau statut rend les petits marchés plus attrayants »

Patrick de Nonneville, le nouveau président directeur général d’October, entend reprendre son expansion internationale grâce au nouvel agrément européen
Patrick de Nonneville, directeur général d'October

Une année sur les chapeaux de roue. En 2021, October a connu une augmentation de son chiffre d’affaires de 70 % et a financé plus d’entreprises qu’en 2018, 2019 et 2020 cumulées. Des performances à faire rougir plus d’une société. Pourtant, la plateforme de financement participatif en prêt a connu un petit chamboulement : son co-fondateur et président historique Olivier Goy a passé le relai à son associé Patrick de Nonneville. Il a annoncé sa décision dans un post LinkedIn, revenant sur la sclérose latérale amyotrophique (aussi appelée maladie de Charcot) dont il est atteint. S’il quitte ses fonctions exécutives, il continue l’aventure qu’il a commencé il y a déjà huit ans en prenant la présidence du conseil de surveillance d’October.

Ce changement s’opère au moment où les plateformes de financement participatif doivent se mettre au diapason européen. Le nouveau règlement European crowdfunding service providers (ESCP) redéfinit notamment leurs statuts et simplifie leur internationalisation dans l’Union européenne (voir encadré). Le texte arrive un peu tard pour October qui est déjà présent dans cinq pays. Mais la plateforme entend utiliser ce passeport pour simplifier sa structure et envisage déjà de s’attaquer à de nouveaux marchés.

Au tour de Patrick de Nonneville donc de prendre les rênes d’un des leaders du crowdfunding en prêt en France.

Comment s’explique la forte croissance de votre chiffre d’affaires l’année dernière ?

En 2021, nous avons commencé à commercialiser notre technologie October Connect à des acteurs financiers. C’est une boite à outils qui automatise l’analyse des dossiers d’emprunts : vérification de la qualité des profils, suivi du portefeuille, lutte contre la fraude… Jusque-là, nous l’utilisions uniquement en interne, ce qui nous a permis de multiplier le nombre de dossiers acceptés par cinq et de diviser le taux de défaut par deux. De grands noms sont à présent clients d’October Connect (Zencap, Tikehau, Eurazeo, 123IM, Bpifrance…) qui représente déjà 15 % de notre chiffre d’affaires.

Vous faites partie des rares plateformes à être satisfaites du nouveau règlement européen concernant les plateformes de crowdfunding. Pourquoi cet optimisme ?

Le texte n’est pas parfait, mais il a le mérite d’être utile et applicable. Le nouveau statut rend les petits marchés plus attrayants car il simplifie considérablement l’implantation dans de nouveaux pays. Jusqu’à présent, il fallait systématiquement demander un agrément local. Une ingénierie importante clairement hors de portée de la plupart des plateformes.

Quelle sera votre stratégie une fois le statut européen obtenu ?

La première étape sera de simplifier la structure de notre groupe. Nous avons dû créer une filiale réglementée pour chacun des pays dans lesquels nous sommes présents, ce qui ne sera plus nécessaire avec le nouvel agrément. Dans un second temps, nous pourrons reprendre notre expansion en nous tournant vers l’Europe de l’Est. Nous regardons notamment l’Autriche, la Pologne, le Portugal et la Belgique.

Qui sont les prêteurs d’October ?

20 % de nos clients sont des particuliers, qui prêtent en moyenne 40 euros par projet. La grande majorité de nos investisseurs sont donc des institutionnels, tels que des assureurs et des institutions publiques, mais aussi des clients fortunés via des family offices. Cette catégorie prête aux PME essentiellement via notre FPS [Fonds professionnel spécialisé, ndlr]. Je précise que le management d’October et ses salariés investissent dans chacun des projets grâce à ce FPS.