Bilan 2016

Le marché de l'art plie mais ne rompt pas

Artiprice.com
Le marché de l’art mondial a nettement reculé l’an dernier, de 23 % par rapport à 2015
Les maisons de ventes ont néanmoins stimulé la demande dans un climat d’incertitude
REA, Le miroir, de Paul Delvaux, a été vendu 10,5 millions de dollars chez Sotheby’s Londres le 3 février 2016.

En Occident, le marché très haut de gamme, celui des œuvres vendues plus de dix millions de dollars, s’est considérablement essoufflé l’année dernière. C’est un fait. Seules 82 œuvres ont dépassé ce seuil de prix en 2016 contre 140 en 2015. Ce manque à gagner a principalement affecté les recettes des grandes places de marché anglo-saxonnes : New York (-43 %) et Londres (-30 %), où se concentrent l’essentiel des ventes de prestige.

Les adjudications de ce niveau ont majoritairement récompensé des signatures historiques de l’histoire de l’art – dont Monet, Picasso, Munch, Rodin, Kandinsky – et relevé la cote de quelques artistes importants. Notamment, le surréaliste belge Paul Delvaux dont la peinture Le miroir, vendue 10,5 millions de dollars (Sotheby’s Londres, 3 février 2016), affiche une valeur multipliée par deux en moins de 20 ans (Christie’s Londres, 8 décembre 1999).

Volumes élevés.

Si le marché très haut de gamme a ralenti, il s’agit bien d’un repositionnement et non d’une désaffection. Le volume de transactions n’a jamais été aussi élevé en Occident et le cœur du marché de l’art reste extraordinairement dynamique. Les 398.000 lots fine art vendus en Occident au cours de l’année dernière constituent en effet un record. Jamais ce chiffre n’avait été aussi élevé, tandis que le taux d’invendus, de l’ordre de 37 %, reste identique à celui de 2015.

La demande est bien en place, les sociétés de ventes ont simplement ajusté l’offre, délaissant la course aux records pour consolider le cœur du marché tout en maintenant la meilleure qualité possible des lots mis en vente. Ainsi, la gamme des prix inférieurs à 50.000 dollars présente la plus nette progression : le nombre d’échanges passe de 341.000 à 382.000 lots vendus. Ces transactions constituent à présent 96 % du marché en Occident.

Résistance.

Malgré des chiffres d’affaires en berne, les Etats-Unis et le Royaume-Uni enregistrent respectivement un volume de transactions en hausse de 24 % et de 27 %. L’intensité des échanges a permis de compenser en partie le ralentissement du produit des ventes sur la plupart des grandes places de marché européennes : la France, l’Italie, l’Autriche et la Belgique présentent toutes les quatre un chiffre d’affaires stable (variant entre +1 % et -1 % par rapport à l’exercice 2015). Cependant, chacun de ces pays affiche un nombre d’enchères en nette progression, respectivement +8 %, +4 %, +14% et +15%.

L’Allemagne et la Suisse ne parviennent pas à s’inscrire dans cette nouvelle dynamique. Les deux nations conservent leur cinquième et septième position sur le marché de l’art international mais enregistrent une contraction de 12 % et de 5 % de leur produit de ventes annuel. Plus grave encore, l’Espagne (17 millions de dollars) subit une réduction d’un cinquième de son chiffre d’affaires pour terminer à la vingt-septième place du classement général. Elle se laisse de plus en plus distancer par la Turquie (31 millions de dollars), les Philippines (29 millions de dollars) ou encore les Emirats Arabes Unis (23 millions de dollars).

La Chine se stabilise.

En Chine, les ajustements entrepris depuis deux ans ont vraisemblablement stabilisé un marché dont la valeur avait trop rapidement grimpé. Entre 2008 et 2011, le prix moyen d’une œuvre d’art aux enchères en Chine était subitement passé de 22.000 dollars à 52.000 dollars, tandis que le nombre de transactions triplait. Si bien qu’en l’espace de quatre ans, le produit des ventes aux enchères chinois s’est vu multiplié par un facteur de presque 10, à 10,5 milliards de dollars en 2011 contre 1,6 milliards de dollars en 2008. En retrouvant progressivement une taille plus stable, 4,8 milliards de dollars en 2016, le marché chinois a réglé plusieurs problèmes majeurs dont, en partie, celui des œuvres impayées.

Après une sévère contraction de 26 % en 2015, le marché chinois se stabilise face à un chiffre d’affaires en baisse de 36 % en Occident. Il en résulte que la Chine redevient la première puissance du secteur, représentant aujourd’hui 38 % de parts de marché mondial devant les Etats-Unis (28 %) et le Royaume-Uni (17 %). Par ailleurs, le goût et les investissements des collectionneurs chinois changent et se diversifient. Si ce marché demeure très majoritairement centré sur la peinture et la calligraphie traditionnelles (qui représentent 92 % des lots vendus et 81 % du produit des ventes), les acheteurs incluent de plus en plus à leurs collections des œuvres des grands maîtres occidentaux tels que Monet, Van Gogh, Picasso, Rembrandt, Bacon et Modigliani.

Un début d’année 2017 bien orienté.

Le marché américain profite naturellement des ventes de prestige mais la contraction de la place new-yorkaise (-46 % de produit de ventes annuel) a considérablement réduit les performances de quelques grandes signatures américaines. L’activité a notamment fortement ralenti sur le Pop Art américain : le chiffre d’affaires d’Andy Warhol perd 70 %, celui de Rauschenberg 73 % et Lichtenstein 76 %. Le nombre de pièces échangées ne faiblit pourtant pas pour ces trois figures qui comptent un grand nombre d’œuvres abordables, les estampes représentent en effet entre 75 % et 90 % des lots adjugés pour ces trois signatures. Cependant, les hésitations des acheteurs ont, de toute évidence, raréfié les chefs-d’œuvre en salles sur cette Place dont la puissance est portée par la cote de ses artistes nationaux, principalement les artistes d’après-guerre et contemporains qui pèsent à eux seuls 17 % du produit des ventes aux enchères occidental.

Cette année, depuis New York, épicentre du marché occidental, les premiers signes de l’année se révèlent positif, notamment du côté des galeries ayant exposé à l’Armory Show au début du mois de mars. Pour ce premier grand événement marchand de l’année, les acheteurs ont répondu présents, d’importantes transactions ayant été enregistrées dès la première heure d’ouverture du salon. L’optimisme est de rigueur pour 2017.