Art

Le marché de l’art en pleine mutation

Fabien Bouglé, consultant en gestion de patrimoines artistiques, Saint Eloy Art Wealth Management, et auteur de plusieurs ouvrages sur le marché de l’art
La digitalisation et le renouvellement générationnel transforment profondément le marché de l’art
Évolution des modes, nouveaux acheteurs et méthodes de consommation inédites œuvrent pleinement à cette révolution
Fabien Bouglé, consultant en gestion de patrimoines artistiques, Saint Eloy Art Wealth Management
DR, Fabien Bouglé, consultant en gestion de patrimoines artistiques, Saint Eloy Art Wealth Management

De profondes mutations sont actuellement à l’œuvre dans le marché de l’art. Il y a vingt ans, l’arrivée d’internet y bouleversait considérablement la donne de l’information et des transactions. Aujourd’hui, ce marché est transformé et de nouvelles lignes se dessinent.

Un changement de goût international. À l’échelle mondiale, on assiste à un changement de goût sans précédent. Les acheteurs délaissent le mobilier XVIIIe au profit des produits design des années 1960-1970 d’Europe du Nord. Même l’Art déco devient désuet. Hormis le mobilier de qualité muséale (d’origine royale, par exemple), le monde des enchères assiste à une décote importante du style classique qui a eu cours du XVIIe au XIXe.

Les intérieurs ayant « rétréci » dans une mesure proportionnelle à la progression des prix de l’immobilier, les acheteurs délaissent actuellement le mobilier lourd et imposant et orientent leurs achats vers des objets d’art décoratif ou ethniques moins encombrants.

Les marchés de l’art contemporain et de l’art moderne prennent de la valeur ; l’art impressionniste et l’art du XIXe commençant à être délaissés pour les œuvres présentant un caractère moins désuet. Les œuvres anciennes se limitent par essence à un marché d’initiés et d’esthètes moins impacté par les modes de l’art contemporain.

Une hypersélectivité des acheteurs. L’autre tendance notable est la course à l’élitisme : le marché privilégie les œuvres aux montants « sélectifs ». A contrario, le mobilier de valeur intermédiaire attire moins. On constate, dans la France entière et à Drouot en particulier, une désaffection des acheteurs pour la gamme de prix allant de 1.000 à 50.000 euros.

Le vieillissement et la disparition des amateurs d’art traditionnels et l’arrivée de nouveaux acheteurs ont révolutionné les comportements d’achats, au niveau des goûts comme des modes de consommation.

Une modification des comportements d’achat. Le développement des réseaux sociaux et la transparence apportée par des sites comme Artprice.com bouleversent la consommation d’art à l’échelle mondiale. Il y a encore quelques années, l’acheteur se contentait d’acquérir sur internet un livre de 20 à 100 euros ; il s’est peu à peu habitué à des montants plus élevés dans les secteurs du tourisme ou de l’automobile, si bien qu’aujourd’hui l’achat d’art sur internet flirte avec des montants de 10.000 à 20.000 euros. Les acheteurs ont pris confiance en des outils permettant des achats sécurisés aux sommes toujours plus conséquentes. D’ici quelques années, l’achat dématérialisé atteindra 100.000 euros, voire un million. Une transformation majeure du marché de l’art est à l’œuvre, qui verra disparaître des boutiques et galeries physiques au profit du marché online, lequel devrait connaître un mouvement de concentration avec le développement de sites de vente de gré à gré, comme Expertissim ou Pamono (pour le mobilier). Hormis les ventes aux montants très importants, la dématérisalisation généralisée se profile sur les biens chiffrant entre 100 et 100.000 euros.

Cette incroyable mutation du marché de l’art n’en est qu’à ses balbutiements, et les plus grandes transformations sont encore à venir, autant en matière de tendances que de méthodes de transaction.