«Le Label ISR ne peut constituer le centre de la gestion immobilière»

La SCPI Corum Eurion vient d'être labelisée ISR. Mais pour Frédéric Puzin, fondateur de Corum, c'est un exercice de formalisation plus qu'une révolution.

On pourrait croire si le groupe Corum a obtenu le label ISR pour sa SCPI Corum Eurion, c'est uniquement pour donner une leçon au marché. Une leçon à ceux qui passent plus de temps à centrer leur communication que sur le contenu, quitte à perdre de vue les objectifs réels pour l'épargnant. 

Trois questions à Frédéric Puzin, fondateur de Corum l'Epargne. 

Que signifie l'obtention de ce label pour vous ? 

La labellisation formalise des processus qui existent ou qu’il a fallu compléter. Ce n’est pas une modification de la stratégie du fonds mais un exercice de formalisation dans un cadre donné pour obtenir ce label.

Le sujet de fond n’est en définitive pas d’obtenir un label. Outre le fait que le processus ne nous a pas posé de difficulté particulière, nous considérons chez Corum que c’est le rôle de toute entreprise que de s’adapter à son environnement et d’être un acteur de la société. Mais cela ne doit être en rien un alibi pour développer un marketing qui détourne l’attention de l’essentiel et en faire un levier simplement mercantile. Afficher un label n’est pas plus fondamental que de servir des bons rendements intégrant des niveaux de risques compatibles avec le profil de l’épargnant. Le sujet central reste celui de la gestion et de la transparence.

Vous estimez que la communication autour du label ISR prend trop de place chez les professionnels aujourd'hui ?

Le label ISR ne peut constituer le centre de la gestion immobilière, et cette posture est en retard sur la réalité du marché. Nous avons pris ces préoccupations en compte depuis longtemps, sans les avoir nécessairement toutes formalisées. 

Il y a eu des exemples cinglants de dérives en Allemagne, quelques-uns en France. Dans le monde des SCPI aussi il faut le reconnaitre. Il faut communiquer de façon authentique et ne pas se servir de ce prétexte pour ne pas parler du reste. La profession, de façon générale, fait beaucoup de bruit autour de ce label alors qu’il s’agit d’exigences basiques. Cela fait longtemps chez Corum que ces critères s’imposent à nous et c’est l’Europe qui nous a donné cette culture. La France n’a pas été en pointe sur ces sujets, mais nous avons depuis 10 ans des locataires dans le nord de l’Europe, notamment en Finlande ou aux Pays-Bas, qui ont toujours été très sensibles aux sujets de consommation énergétique des immeubles, d’accessibilité… L’ouverture sur l’Europe nous a permis d’intégrer ces sujets très en avance.

L'obtention du label aura-t-il un impact sur la valorisation des parts ou le rendement de la SCPI concernée ? 

Il n’y aura aucun impact sur la valorisation ou le rendement à court terme, éventuellement à moyen ou long terme. Rentrer dans une position dogmatique sur un immobilier neutre énergétiquement serait trop cher pour l’investisseur, mais acheter des épaves énergétiques coûtera également cher à terme. Il faut trouver le juste milieu entre une politique durable et cet élément de valorisation qui est loin d’être le seul. Je crois plus aux évolutions darwiniennes qu’aux chocs prophylactiques sur ces sujets de société qui se construisent sur la durée.

Le label, obtenu pour trois ans, repose sur l'évaluation et le suivi régulier de 23 critères qui s'organisent autour de : 
- la réduction de la consommation d'énergie et d'eau des immeubles
- l'amélioration du confort, de la santé, de la sécurité, de l'accessibilité et de la qualité des services fournis aux locataires
- du dialogue avec les locataires pour une approche commune des enjeux environnementaux et sociaux 

Les critères sont autour des trois piliers ESG de manière globalement homogène (chaque pilier fait environ un tiers de la note globale). 

La SCPI Corum Eurion a un objectif de performance fixé à 4,5% par an. Au 30 septembre 2021, sa capitalisation atteint 252 millions d'euros pour 7.000 épargnants. En juillet 2021, le groupe avait revalorisé le prix de la part de 2%, de 200 à 204 euros. 

Il s'agit du 2e label ISR obtenu par Corum, le premier concernant son fonds de financement de projets d'entreprises Corum Butler Smart ESG.