Le label ISR français essuie les critiques sur sa position face aux énergies fossiles

Laurence Pochard
Dans la perspective de la réforme prochaine du label français, plusieurs voix s’élèvent pour élever le niveau d’exigences dans les fonds labellisés.
(illustration label ISR.)

La mue est attendue avec impatience. Le label français ISR dédié aux fonds pratiquant un investissement socialement responsable prépare sa réforme, prévue d’ici la fin de l’année 2022, et plusieurs parties prenantes lui font savoir ce qu’elles veulent voir dans ses futurs atours.

D’après le Panorama des labels 2022 tout juste publié par Novethic, il s’agit du label d’investissement responsable le plus apposé en Europe avec 950 fonds porteurs et 777 milliards d’euros d’encours à la fin de 2021, loin devant ses concurrents FNG-Siegel pour les pays germanophones, LuxFlag ESG au Luxembourg ou Towards Sutainability pour la Belgique. «La France se taille la part du lion avec son label ISR qui n’est pourtant pas réformé pour s’intégrer au nouveau cadre européen, note Novethic. La refonte des référentiels les plus avancés comme Nordic Swan, dessine de nouvelles exigences autour de la double matérialité et d’approches sectorielles différenciées selon leur exposition aux risques environnementaux.»  

Le rapport souligne que le label ISR reste le seul à n’avoir aucune exclusion des énergies fossiles parmi les neuf labels européens considérés malgré les attentes envers la labellisation de garantir d’éviter les secteurs nuisibles à l’environnement.  

Autre coup de pression, en provenance d’Epsor. Le spécialiste de l’épargne salariale a scruté plus de 800 fonds français sous l’angle de l’alignement avec les enjeux de la transition écologique. «Le label ISR, un outil pas encore parfait », estime-t-il. Selon lui, bien que les fonds labellisés obtiennent en moyenne une meilleure note dans son analyse, le label ISR doit renforcer ses exigences, notamment concernant l’investissement dans le secteur des énergies fossiles. Bien que les fonds labellisés investissent 27% de moins dans les énergies fossiles que les fonds non labellisés, il demeure que 80% des fonds labellisés de son étude possèdent au moins une entreprise en portefeuille en lien avec le secteur des énergies fossiles.

Une autre salve est tirée par l’association «Acteurs de la finance responsable», qui dit représenter 500 professionnels de la finance. Elle demande l’exclusion des énergies fossiles des fonds ISR, selon elle justifiée par les limites de l’engagement actionnarial envers les acteurs du secteur.  

Après ces doléances, ce sera au tour du prochain ministre des Finances d’avoir son mot à dire sur le futur look du label ISR.