Le gouvernement diminue l’attrait de l’épargne réglementée

Ivan Best, Agefi Quotidien
Après la taxation de l’épargne logement, le gel annoncé du taux du Livret A pour deux ans risque de rendre ces produits sans risque moins attrayants.

C'en est fini de l’incertitude régulière sur la rémunération du Livret A. Jacques Mézard, le ministre de la Cohésion des territoires, a évoqué «un gel du taux du Livret A pendant deux ans».  «Ce que nous voulons, c'est faire en sorte que le taux du Livret A soit stable (...) qu'il ne bouge pas pendant une période de temps», a déclaré le premier ministre Edouard Philippe mercredi sur France 2. «Cela nous permet de mobiliser des financements pour les organismes de logement social et donc de baisser les loyers» pour ce type de logements, a-t-il affirmé. Cette baisse des loyers est au cœur du plan logement que le gouvernement doit annoncer dans tous ses détails le 20 septembre.

L’Union sociale de l’habitat, qui représente 720 organismes HLM, s’est déclarée non satisfaite par cette annonce, évoquant une «attaque sans précédent» contre le logement social. Toujours est-il que la perspective d’un gel de la rémunération risque de ralentir le flux d’épargne vers les Livrets A. Celui-ci était orienté à la hausse ces derniers mois, avec 10,58 milliards d’euros de collecte nette cumulée depuis le début de l’année 2017 à fin juillet, contre seulement 1,75 milliard sur l’ensemble de l’année 2016. L’encours du seul Livret A atteint désormais 270 milliards, et 373 milliards y compris le Livret de développement durable. Les épargnants semblent avoir pris la mesure de la faiblesse des rémunérations de l’épargne sans risque, et se tournent vers ces livrets rémunérés à hauteur de 0,75% nets de tous prélèvements fiscaux. Mais vont-ils continuer à jouer le jeu sans perspective d’amélioration ?

Cette annonce intervient après celle, mardi, d’une fiscalisation de la rémunération des plans d’épargne logement (PEL). Le produit, qui a connu un grand succès de 2010 à 2016, semble déjà en voie de ralentissement. La collecte n’a atteint que 4 milliards entre fin décembre et fin juillet. Les plans ouverts avant le premier janvier 2018 n’étant pas visés par la flat tax de 30%, contrairement à ceux qui le seront après, il ne fait pas doute que le nombre de demandes d’ouvertures de PEL va se multiplier au cours des tout prochains mois. Mais le message gouvernemental apparaît clairement : l’épargne réglementée sans risque n’est pas la priorité de l’exécutif, qui promeut l’investissement direct, beaucoup moins taxé en 2018. Les plus-values boursières, les dividendes, intérêts… verront leur taxation globale passer de plus de 60%, dans certains cas, à 30%.