Le fonds de relance européen rassure les marchés malgré ses zones d’ombre

Fabrice Anselmi
Les Etats ne tireraient pas forcément sur les prêts, et les subventions pourraient induire des garanties.
(Max Pixel)

La proposition de fonds de relance européen présentée mercredi par la Commission européenne (CE) à hauteur de 750 milliards d’euros a rassuré les marchés, à en croire les taux à 10 ans italien, qui ont baissé de 12 points de base (pb), à 1,42% jeudi. Pourtant, si on regarde les détails, il y a de quoi être plus mitigé : «Cela revient à doubler plus ou moins le budget annuel commun de l’Union européenne (UE), ce qui peut apparaître comme un pas en avant historique, et en même temps, par rapport à la capacité et au besoin de relance, un programme de 5% du PIB à étaler sur quatre ans n’est pas si énorme», résume Julien Manceaux, économiste senior chez ING.

Concernant les 250 milliards de prêts financés par des émissions obligataires via une nouvelle facilité «Next Generation EU», ce sont des fonds hypothétiques, qui alourdiraient le fardeau de la dette des Etats. Certains pays comme l’Italie – dont le droit d’emprunter se monterait à 91 milliards – refuseraient autant que possible de les utiliser, exactement comme pour les lignes de crédit du Mécanisme européen de stabilité (MES) proposées à des conditions allégées (pour 2% du PIB ou 240 milliards d'euros sur la zone euro).

Concernant les «subventions», 190 milliards proviendraient d’un relèvement des plafonds annuels de dépenses de l’UE sur ses programmes déjà existants, «et seraient donc financés par des ressources existantes ou à développer au travers de nouvelles taxes (digitales, environnementales, etc.), mais rien n’a été décidé», poursuit Julien Manceaux.

Pour les 310 autres milliards de nouvelles dépenses, également financés au travers la facilité «Next Generation EU», «la proposition est un remboursement avant 2050 avec un 'roll over' de la dette jusqu’en 2028. Entre ces deux dates, peut-être la CE envisage-t-elle que les fonds suffisent à augmenter le PIB de l’Union et donc l’assiette fiscale pour ‘s’autofinancer’ : a priori, cela ne devrait pas être le cas, donc il faudrait demander aux Etats des garanties supplémentaires sur cette dette, ce qui n’est pas neutre sur leur comptabilité nationale, ou bien que tous augmentent leur contribution au budget européen à long terme, ou encore qu’ils donnent à la CE de nouveaux outils fiscaux», explique l’économiste.

Si Bruxelles a essayé au travers de cette proposition de tous les contenter, les Etats-membres devront donc s’entendre rapidement sur les conditions des allocations et du remboursement.