Le FMI sabre ses prévisions face aux multiples incertitudes

Xavier Diaz
Le conflit en Ukraine est la principale raison de l'ajustement des prévisions de croissance, mais le ralentissement chinois est un autre sujet d’inquiétude.
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Et de deux ! Le Fonds monétaire international (FMI) a revu sa prévision de croissance pour cette année pour la deuxième fois depuis octobre dernier. L’institution de Washington anticipe désormais une progression de 3,6% du produit intérieur brut (PIB) mondial, soit près d’un point de moins qu’en janvier, a-t-il indiqué lors de la publication mardi de ses perspectives de croissance mondiale. Il attendait 4,4% en janvier et 4,9% en octobre dernier.

Le conflit en Ukraine et les sanctions occidentales envers la Russie en sont la principale raison, avec pour conséquence pour les autres économies une nette flambée des prix des matières premières et de l’énergie. La zone euro, dont la prévision de croissance a été ramenée à 2,8%, en baisse de 1,1 point par rapport à janvier, est le deuxième contributeur à cette révision des perspectives du FMI, après la Russie (-8,5%) et l’Ukraine (-35%).

Le danger de l'inflation

Le Fonds s’inquiète par ailleurs du niveau plus élevé et persistant de l’inflation qu’il qualifie de «danger» dans un grand nombre de pays. Il a revu en hausse ses prévisions à 5,7% pour les économies avancées et à 8,7% pour les pays émergents dont certains sont particulièrement vulnérables à la hausse des prix alimentaires.

Pierre-Olivier Gourinchas, chef économiste du FMI, a prévenu que «l'incertitude autour de ces projections (était) considérable, bien au-delà de la marge habituelle. La croissance pourrait encore ralentir tandis que l'inflation pourrait dépasser nos projections si, par exemple, les sanctions s'étendaient aux exportations énergétiques russes.» Il a précisé que dans cette hypothèse le PIB russe pourrait se contracter du double des projections actuelles. Mais cela provoquerait aussi une nouvelle flambée des prix de l’énergie et une baisse significative du PIB mondial. Conjugué à un choc de confiance et sur les marchés financiers, cela pourrait réduire de deux points supplémentaires la croissance mondiale, a affirmé l’économiste.

L’un des nombreux risques qui pèsent sur la croissance est l’évolution de la pandémie de coronavirus en Chine. Face à la vague Omicron, de nombreuses villes, dont Shanghai, ont instauré des confinements stricts, Pékin poursuivant sa politique zéro-Covid. «En plus de la guerre, des confinements en Chine - y compris dans les principaux hubs de production –  ont également ralenti l’activité et pourraient créer de nouveaux goulots d'étranglement dans les chaînes d'approvisionnement mondiales», s’inquiètent les experts du FMI dans leur rapport. Ils ont revu leur prévision de croissance pour la Chine à 4,4% pour cette année (4,8% en janvier et 5,6% en octobre), loin de la projection officielle de Pékin de 5,5%.

«Avec le maintien des politiques strictes à l’égard du secteur immobilier et la possibilité de restrictions plus répandues dans le cadre de la stricte stratégie zéro-Covid, l'économie chinoise pourrait ralentir plus que prévu actuellement, avec des conséquences pour l'Asie et au-delà», poursuit le FMI.

L'inconnue chinoise

Les chiffres contrastés du premier trimestre en Chine confirment ce ralentissement. Certes la croissance a dépassé les attentes à 4,8% mais l’activité a nettement décéléré en mars alors que les mesures de restrictions ont été durcies. Les ventes de détail ont ainsi reculé de 3,5% sur un an sur la période pour la première fois depuis 2020. L’activité immobilière continue de souffrir (-2,4%). «Les données d’activité en mars ainsi que les données sur les importations ont brossé un tableau plus sombre, indiquant une faiblesse importante de la demande intérieure, affectée par la consommation et l'investissement logement», relèvent les économistes de Barclays, qui ont réduit également leur prévision de croissance.

Pékin s’accroche à son anticipation d’une croissance de 5,5% cette année mais les économistes y croient de moins en moins. Ils craignent un deuxième trimestre difficile. Bank of America anticipe désormais +4,2% de progression du PIB, soit 0,6 point de moins que lors de sa précédente prévision. Barclays a revu sa prévision de 0,2 point sur l’année, à 4,3% et de 1 point pour le seul deuxième trimestre (+3,3%). «Depuis mars, nous avions prévu une croissance du PIB de 4,5% en 2022, inférieure au consensus, alors même que le gouvernement s'est fixé un objectif de croissance ambitieux de 5,5%, soulignent les experts de Barclays. À la base de nos prévisions se trouvaient notre vision baissière du secteur immobilier chinois et notre conviction que la politique chinoise zéro-Covid serait globalement maintenue jusqu'à l'automne 2022.»

Pour Natixis, qui voit dans la situation chinoise un risque majeur pour la croissance mondiale, l’objectif officiel de croissance annuel est également clairement mis au défi : «Vu l'environnement plus difficile en mars et l'absence d'un très grand stimulus jusqu'à présent, il ne sera pas facile pour l'économie chinoise d'atteindre l'objectif de croissance de 5,5% annoncé lors des Deux Sessions». Les économistes d’ING, qui avaient déjà revu en baisse leur prévision à +4,6% par rapport à 4,8%, pourraient encore l’abaisser après la déception sur le stimulus monétaire et alors que davantage de villes chinoises sont concernées par les restrictions. Mais ils attendent de voir la réaction de Pékin en termes budgétaires.

«Un ralentissement prolongé en Chine est un autre risque immédiat qui pourrait exposer des faiblesses structurelles telles que des dettes publiques, l’effet de levier des promoteurs immobiliers, l'endettement des ménages et un système bancaire fragile», avertit pour sa part le FMI.