Le FMI confirme les besoins de soutien monétaire et budgétaire

Fabrice Anselmi
Malgré les risques de bulle financière qu’il constate, le Fonds ne propose pas vraiment d’alternative.
Pierre Chiquelin

Tant que les populations ne seront pas largement vaccinées, l’économie restera largement «tributaire du soutien des politiques monétaire et budgétaire», a souligné le Fonds monétaire international (FMI) dans son point de stabilité financière mercredi. Il revient sur les constats partagés par tous : malgré la nouvelle progression des contaminations de covid-19 et le ralentissement de l’activité économique fin 2020, les annonces de vaccins ont renforcé les attentes d’une reprise mondiale et continué à soutenir les actifs risqués, actions et crédit «high yield» notamment. Les marchés sont déconnectés de la réalité économique, poursuit le FMI, évoquant aussi le retour des flux obligataires en provenance des fonds monétaires.

Le rapport rappelle qu’«une distribution inéquitable de vaccins risque d’exacerber les vulnérabilités» de certains marchés émergents, qui représentent 65% de la croissance mondiale (40% hors Chine). Des retards dans ces pays - avec des perturbations dans la chaîne d’approvisionnement - affecteraient la rentabilité des entreprises, «même dans les régions où la pandémie est sous contrôle», et une croissance inégale pourrait compromettre le système financier mondial : le FMI évoque notamment des besoins de financement importants, et les risques pour ces actifs en cas de remontée des taux longs ailleurs…

Les soutiens politiques ont atténué les tensions sur la liquidité, pas sur la solvabilité des entreprises et secteurs les plus touchés par la pandémie. Le nombre d’«anges déchus» (dégradés en BBB-) a triplé, et si les taux de défaut restent limités, les problèmes de crédit et de rentabilité peuvent peser sur la capacité des banques à prêter. Le même raisonnement est porté sur les ménages les plus fragilisés. Les banques centrales doivent donc poursuivre leur soutien monétaire : une sous-exécution pourrait compromettre la reprise.

Cependant, «les investisseurs misant sur une politique de soutien persistante et un sentiment de complaisance dans les marchés alors que les évaluations des actifs augmentent encore, les décideurs devraient être conscients des risques liés à une correction», notamment en cas de remontée des taux longs liée à un resserrement monétaire maladroit… «La politique monétaire devant rester accommodante dans les années à venir, les décideurs devraient s’attaquer aux vulnérabilités croissantes pour éviter de mettre la croissance en danger à moyen terme», conclut le FMI : dans une forme de schizophrénie au sujet de l’action des banques centrales, il évoque un «compromis politique», sans proposer de véritable solution en dehors du recours à des politiques macroprudentielles.