Le crowdfunding frôle les 2 milliards d’euros de collecte

Les plateformes ont collecté 1,8 milliards d’euros l’année dernière, soit une hausse de 84% par rapport à 2020. Près de 170.000 projets ont été financés.

Difficile de ne pas voir désormais dans le financement participatif une alternative sérieuse aux solutions d’investissement traditionnelles. Ce marché encore jeune poursuit logiquement son expansion, mais a vu sa croissance fortement augmenter en 2021.

Une hausse historique

L’association professionnelle du secteur, Financement Participatif France (FPF) a présenté ce jeudi 10 février la troisième édition de son baromètre annuel, en partenariat avec le cabinet Mazars (1). Elle témoigne d’un marché en ébullition : 1,88 milliard d’euros a été collecté par les plateformes en 2021, soit un bon de 84% par rapport à 2020. «Le crowdfunding enregistre la plus forte hausse de son histoire», a appuyé Bertrand Desportes, associé au sein du groupe Mazars lors de la présentation de l’étude. Il est vrai qu’entre 2019 et 2020, la hausse n’était «que» de 62 %, suffisante toutefois pour permettre au marché de percer pour la première fois le plafond du milliard d’euros collectés (1,02 milliard d’euros). Le nombre de projets financés est lui aussi en hausse : 168.712 en 2021 contre 115.616 en 2020.

Cette ébullition s’explique par plusieurs facteurs. FPF a certes relevé un gain de créditbilité du crowdfunding parmi les circuits de financement de l’économie traditionnels, les raisons de cette surchauffe du marché sont aussi à chercher du côté des stratégies des plateformes. Ces dernières années, plusieurs ont initié des rapprochements avec des sociétés de gestion (Homunity avec Tikehau Capital, Lendosphere avec la société de gestion 123 IM), voire ont créé la leur (ClubFunding et Anaxago). Bertrand Desportes a d’ailleurs souligné une «hybridation croissante entre sociétés de gestion et crowdfunding». «Les fonds qu’ils lancent ensemble permettent aux plateformes d’alimenter plus rapidement leurs collectes. Ils facilitent également la procédure d’investissement aux particuliers, en leur permettant de rentrer plus facilement et de manière systématique dans les projets proposés», a-t-il expliqué.

Jérémie Benmoussa, président de FPF, a toutefois pondéré la place de ces fonds dans le marché : «85% de la collecte totale a été faite auprès des particuliers», a-t-il souligné. Une façon pour lui de rappeler l’ADN du crowdfunding…qui est pourtant déjà en train d’évoluer. Certains acteurs ne cachent plus leurs velléités à se tourner vers une clientèle haut de gamme en réservant une poignée d’opérations aux gros patrimoines (une forme de club deals). Voir à draguer ouvertement les institutionnels, à coup de FPS et FCPR. Pour Florence de Maupeou, la directrice générale de FPF, c’est aussi un moyen de contourner l’abaissement du plafond des collectes à 5 millions d’euros (au lieu de 8 millions actuellement en France) dans le cadre du nouveau règlement européen qui entrera en vigueur en novembre prochain.

A noter également que le baromètre ne donne aucune indication sur la part d’intermédiation de la collecte. Le marché semble pourtant prêt à tendre la main aux CGP et autres intermédiaires. C’est le cas notamment de Baltis Capital dont 10% de la collecte provient de ses partenariats avec des CGP. Cette proportion s’inscrit dans une tendance haussière qui devrait se poursuivre puisque la plateforme a recruté une responsable des relations investisseurs, dont l’une des missions est de développer ce segment. Du côté d’Enerfip, spécialisée dans les énergies renouvelables, 15% de la collecte provient de clients de caisses régionales du Crédit Agricole, celle du Languedoc étant son actionnaire minoritaire.

Explosion du prêt

Alors que le don accuse un léger recul, le segment du prêt est lui en forte hausse : 1,58 milliards d’euros collectés en 2021 (contre 741 millions en 2020). Dans le détail, les énergies renouvelables et les commerces et services captent une grande partie des flux (respectivement 188,5 millions d’euros et 157,1 millions d’euros). Mais le secteur gagnant demeure l’immobilier. Sur ce point, les chiffres du baromètre de FPF et Mazars diffèrent de ceux publiés il y a quelques semaines par Fundimmo et Hellocrowdfunding. Alors que les premiers évoquent une collecte de 1,14 milliard d’euros, les seconds évoquaient plutôt 958 millions d’euros.

Dans tous les cas, le secteur immobilier demeure le moteur du financement participatif, avec un rendement moyen de 9,2% en 2021.

Evolution de la collecte par segments 

L’offre en capital garanti se fait encore attendre

On se souvient qu’en 2021, la plateforme Finple avait fait un coup en sortant une offre de crowdfunding avec capital garanti. En s’associant à un assureur italien, la plateforme offrait certes plus de sérénité à ses investisseurs mais faisait baisser le rendement à 4%. Pas de quoi décourager FPF qui était déjà dans les rangs pour développer une offre de place. Mais de l’aveu même de plusieurs plateformes concernées, le projet ne déplaçait pas les foules. A l’instar d’Alexandre Toussaint, patron de Baltis Capital, beaucoup dénonçaient un produit contraire à «l’ADN du crowdfunding» (une forte rémunération en échange d’un risque à assumer).

Prévu pour fin 2021, le lancement de cette nouvelle offre a été reporté à début 2022. Depuis, pas de nouvelles. Interrogé sur le sujet, Jérémie Benmoussa a reconnu des «difficultés» dans les discussions avec les assureurs français, notamment à cause du manque d’homogénéité des «critères d’investissement des plateformes». Il assure toutefois que l’offre verra le jour mais «sous une autre forme».