Le Crédit Agricole se refinance avec une titrisation

Jade Grandin de l'Eprevier, Agefi Quotidien
La banque a placé un milliard d’euros de crédits à l’habitat grâce à une titrisation non déconsolidante qui a particulièrement séduit les investisseurs allemands.

Pour la première fois depuis la crise financière, une banque française autre que le Crédit Foncier a placé sur les marchés des prêts immobiliers titrisés. Mercredi dernier, le Crédit Agricole a réalisé une opération de titrisation adossée à des crédits à l’habitat de 1,5 milliard d’euros. Elle est non déconsolidante: seule la tranche de titres seniors de 1 milliard d’euros a été placée publiquement à 29 points de base (pb) au-dessus de l’Euribor 3 mois. Les titres expirent en 2052 mais il y a un call en 2022, après quoi le prix doublera (Euribor 3 mois +58 pb).

La banque a donc gardé la tranche de titres subordonnés (136,4 millions d’euros) et d’unités résiduelles (5,85 millions d’euros) qui absorberont la majorité des défauts du portefeuille. «Nous visons une nouvelle source de refinancement et non un allègement en capital, souligne Nadine Fedon, responsable du refinancement au Crédit Agricole. La taille de bilan du groupe reste inchangée.»

Le livre d’ordres a été de 2 milliards d’euros pour 37 ordres d’investisseurs, «ce qui est un beau succès pour une opération de titrisation», estime la responsable. Le prix s’est fixé en bas de la fourchette initiale (entre 29 et 35 pb). Les prêts immobiliers sous-jacents, au nombre de 14.539, proviennent des 39 caisses régionales du groupe. Ils sont en moyenne de 103.377 euros chacun, pour un taux moyen pondéré de 2,57%. Les prêts ont des durées et des âges différents mais en moyenne, ils ont vécu 4 ans et il leur reste 15 ans.

«L’objectif de cette émission consiste à ouvrir un nouveau canal de refinancement et à accéder à des investisseurs ou des poches d’investissement que nous ne touchons pas avec d’autres produits, même avec les émissions de 'covered bonds', pourtant moins chères pour nous», explique Nadine Fedon. En octobre 2015, le Crédit Agricole avait réalisé une titrisation immobilière de 10 milliards d’euros mais celle-ci avait alors été entièrement souscrite par les caisses régionales. L’objectif était différent, il s’agissait de construire des réserves en capital liquides. En effet, les titres émis sont éligibles auprès de la BCE, ce qui veut dire que leur détenteur peut les apporter à l’institution pour lever des fonds. De quoi expliquer en partie l’intérêt des investisseurs pour les titres émis mercredi dernier, outre le taux d'intérêt. L’opération a été souscrite à 53% par des banques, 29% par des banques centrales et 18% par des fonds. Les acheteurs étaient à 42% allemands à 25% français et à 22% du Benelux.