Le Conseil d’analyse économique suggère un plan relance de 50 milliards d’euros

Fabrice Anselmi
Le CAE propose 8 mesures de court et moyen termes, assorties de recommandations.
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Les économistes du Conseil d’analyse économique (CAE) chargés de conseiller le Premier ministre ont dévoilé vendredi leurs propositions pour aider l’économie française à se relancer et à se projeter vers l’avenir. La note, co-signée par Philippe Martin (président délégué du CAE), Jean Pisani-Ferry (professeur à Sciences Po et chercheur de l’institut Bruegel), et Xavier Ragot (président de l’Observatoire français des conjonctures économiques, OFCE), détaille un train de mesures, chiffrées à 2% du PIB, en direction des ménages et des entreprises, pour «soutenir la consommation, la production et l’investissement», «retrouver à horizon d’un an le niveau d’activité de la fin 2019 et résorber le déficit d’emploi d’ici à fin 2021».

Les auteurs font un premier diagnostic de cette crise particulière, qui a touché à la fois l’offre et la demande. Les ménages ont connu des pertes de revenus (-5%, avec une épargne forcée de 80 milliards d’euros pour les plus aisés) et d’emplois (+1% de chômage) pour l’instant limitées, ce qui permet un rebond de la consommation post-confinement.

Les entreprises ont, elles, compté 54 milliards de pertes, compensées par des mesures publiques de soutien à la liquidité (PGE, etc.) efficaces, mais qui reportent les risques sur leur solvabilité à un horizon de quelques mois «qui reste très incertain», indiquent Philippe Martin et Xavier Ragot, ce dernier avançant un risque d’augmentation des  faillites d’au moins 60%. L’Etat devra donc trouver les solutions pour compenser une baisse du potentiel productif français d’environ 2,5%, et un déficit de la demande de même proportion, avec probablement 1 million de chômeurs en plus, chiffre lié aux jeunes entrants sur un marché du travail déprimé dès septembre.

Soutenir l'emploi et la demande

Afin de passer cette période risquée de l’automne, d’enrayer le cercle vicieux de pertes d’emploi, de confiance, de demande, qui aboutirait à des «effets permanents» sur la structure de l’économie, les auteurs proposent une réponse «flexible» et «contingente», avec des dépenses d’au moins 24 milliards (hors aides européennes) ciblées en fonction des évolutions pour les dix-huit prochains mois.

Pour soutenir l’emploi, ils préconisent des primes à l’embauche (5 milliards à raison de 200 euros/mois pendant un an pour les salaires jusqu’à 1,5 Smic et 300 euros/mois pour les moins de 25 ans) plutôt que des baisses de charges sur le stock, ainsi qu’un dispositif de tutorat scolaire rémunéré pour les jeunes diplômés, qui pourraient aider dès septembre les élèves ayant décroché pendant le confinement (coût : 3 milliards).

Cette partie du plan contient aussi 6 milliards d’aides au pouvoir d’achat des ménages modestes, via un doublement de l’allocation de rentrée scolaire (de 2 à 4 milliards) et des transferts, notamment vers la transition environnementale, et un «bouclier anti-faillites» chiffré à 10 milliards… Ce dernier reste à définir entre une indemnisation ex ante des coûts fixes et loyers divers payés pendant le confinement – cette option de renflouement des fonds propres serait préférée car elle préserve l’investissement mais elle est plus coûteuse (5 milliards pour les seules ETI, 17 milliards pour toutes les entreprises) –, ou une restructuration ex post des dettes organisée entre créanciers : «Cette option pourrait être moins coûteuse pour l’Etat mais aussi retarder la reprise de l’investissement», rappelle Jean Pisani-Ferry.  

Une «réorientation de la croissance»

Un deuxième train de mesures, également chiffré à 24 milliards, viserait la «réorientation de la croissance» à moyen terme vers : la transition écologique (7 milliards pour 2021), l’université, la formation et la recherche (3 milliards), la santé (10 milliards), et la production par des baisses d’impôts ciblées comme la C3S (4 milliards).

En cas de deuxième vague, le gouvernement pourrait ajouter d'autres mesures – non chiffrées, par exemple de réductions de TVA comme l'ont fait d'autres pays. Les économistes du CAE insistent sur le risque – «si l’Etat n’en fait pas assez» – d’un affaiblissement de l’économie plus grave que l’augmentation de la dette publique, qui atteindra 120% du PIB fin 2020 (et probablement encore fin 2021), surtout dans un environnement de taux bas durables, pour des raisons structurelles indépendantes de l’action de la banque centrale.

Malgré cela, tout en rappelant que la règle européenne des 60% est obsolète, ils estiment que les risques de nouvelles crises (géopolitiques, environnementales, etc.) augmentent, et donc que l’Etat français devrait s’assurer contre un risque de remontée des taux en émettant des dettes à plus long terme. Ils ajoutent une dernière recommandation : réduire le taux d’actualisation – en se basant sur les taux de marché – pour l’évaluation – de facto moins coûteuse – des investissements dans la transition écologique.