Le brouillard entoure les perspectives de croissance au premier trimestre

Xavier Diaz
Malgré des chiffres meilleurs qu’attendu au dernier trimestre 2020, notamment en France, la multiplication des restrictions rend difficile l'exercice de prévision pour ce début d'année.

Plus de peur que de mal. La zone euro a terminé l’année 2020 sur un rythme d’activité pas si mauvais. «Même si on peut considérer les données du quatrième trimestre comme dépassées, nous prenons les bonnes nouvelles comme elles viennent», observe Angel Talavera, économiste chez Oxford Economics. Les PIB allemand, français et espagnol ont tous dépassé les attentes d’une forte chute de la croissance sur la fin de l’année dernière. Elle ressort finalement à 0,1% en Allemagne, par rapport au trimestre précédent, et à 0,4% en Espagne. «La principale surprise vient de France où le PIB a limité sa contraction à 1,3% malgré six semaines de mesures restrictives», poursuit l’économiste. Sur l’ensemble de l’année, les PIB de l’Allemagne, de la France et de l’Espagne se contractent respectivement de 5,3%, 8,3% et 11%.

«Une forme de normalité»

L’Insee et la Banque de France tablaient pourtant sur une contraction de l’activité de 4%. «Avec cette baisse sur un trimestre, on retrouve une forme de normalité : son ordre de grandeur est, en effet, comparable à la baisse observée aux quatrième trimestre 2008 (-1,4%) et premier trimestre 2009 (-1,7%)», relève Hélène Baudchon, économiste chez BNP Paribas. Mais l’activité n’a pas retrouvé sa normalité puisqu’elle reste 5% sous son niveau d’avant crise. «La composition de la croissance est également inhabituelle : la consommation des ménages a laissé son rôle d’amortisseur à l’investissement et aux exportations», poursuit-elle. La première ayant diminué de 5,4% tandis que l’investissement (+2,4%) et les exportations (+4,8%) progressent nettement (+1,3% pour les importations). L’investissement a notamment été soutenu par la bonne tenue du marché immobilier et la construction, grâce aux taux bas, note Chantana Sam, économiste chez HSBC.

En Allemagne, où la contraction sur l’année est moindre que celle enregistrée pendant la crise financière, l’activité a bien résisté malgré le retour des restrictions dès le mois de novembre (ce qui a pesé sur la consommation), les exportations, portées par la hausse du commerce mondial, et la construction ayant également soutenu l’activité.

En revanche, en Espagne, c’est la consommation (qui est quasiment revenue en décembre à son niveau d’avant la crise) qui résiste, tandis que les exportations et l’investissement (qui ne confirme pas sa bonne tenue du troisième trimestre) pèsent sur l’activité.

PIB de la zone euro publié le 2 février

Ces chiffres sont de bon augure pour l’ensemble de la zone euro dont le PIB sera publié mardi 2 février. Les économistes d’Oxford Economics attendent désormais une contraction de 1% au lieu de 2% précédemment au quatrième trimestre, ce qui est limité vu les mesures de restrictions prises par de nombreux pays.

Cette croissance meilleure qu’attendu donne un acquis favorable. Pour la France, il est estimé à 3,6 points par Pierre Banadjaoud, économiste chez Crédit Agricole CIB. Toutefois, si cet acquis de croissance meilleur qu’attendu entraîne une révision en hausse mécanique des prévisions de croissance pour l’ensemble de cette année (de 5,5% à 7,7% en moyenne pour la France pour BNPP), les économistes restent prudents sur l’allure de la croissance au premier trimestre. Les restrictions sont de plus en plus marquées. «Les perspectives à court terme de la zone euro restent plutôt moroses, juge Angel Talavera. La situation sanitaire varie considérablement à travers le continent ; de nombreux pays luttant contre une recrudescence des infections. Et les pays qui s'en sortent relativement bien ne peuvent risquer un assouplissement prématuré des restrictions compte tenu des menaces posées par les variants plus contagieux. »

Perte de repères

A quoi s’ajoute une campagne de vaccination chaotique. «Nous anticipons le maintien de mesures coercitives importantes tout au long du trimestre, ce qui entraînera une nouvelle contraction au premier trimestre», selon cet économiste, un avis largement partagé. Et donc une double récession. François Cabau, économiste chez Barclays, anticipe pour la France une contraction de 0,4% sur la base d’un niveau d’activité proche de celui de novembre (-12% par rapport au niveau normal contre -8% en décembre/janvier). La reprise se faisant ensuite très progressivement. «Le scénario le plus probable étant un durcissement, nous nous attendons à une nouvelle baisse du PIB au premier trimestre, qui avoisinerait celle du quatrième trimestre», estime pour sa part Hélène Baudchon qui note que l’Insee et la Banque de France ont peut-être surestimé les pertes mensuelles d’activité au quatrième trimestre. Une perte de repères qui renforce le flou autour des perspectives économiques pour le premier trimestre.