Le bitcoin multiplie les trous d’air

Fabrice Anselmi
Certains analystes voient désormais le cryptoactif redescendre jusqu’à 20.000 dollars.

Après les trous d’air d’avril et de mai, suite aux reproches du milliardaire Elon Musk sur l’énergie consommée par le minage, puis à des resserrements réglementaires en Chine, le bitcoin en a connu un nouveau entre lundi et mardi. Son prix est tombé de 36.500 à 31.400 dollars, avant de se reprendre (36.400 mercredi soir). La raison principale ? L’annonce du Département de la Justice (DoJ) américain expliquant avoir récupéré le gros de la rançon versée en bitcoins par l’opérateur d’oléoducs Colonial Pipeline, victime d’une méga-cyberattaque qui avait paralysé l’approvisionnement en essence de la côte Est des Etats-Unis en mai.

Le FBI a indiqué s’être procuré une clé privée lui ayant permis d’accéder au portefeuille numérique des pirates informatiques pour récupérer les bitcoins, mais sans préciser comment il a obtenu l’accès à cette clé. «En l’absence d’explications, les rumeurs ont couru sur le fait que la blockchain bitcoin aurait pu être ‘hackée’ par les services du FBI : c’est parfaitement impossible, ont confirmé les différents spécialistes du secteur ; mais sur un marché de plus en plus occupé par les investisseurs particuliers, cela n’a pas empêché des ventes massives», analyse Zahreddine Touag, directeur du trading chez Woorton. La clé aurait pu être conservée sur un serveur dont le FBI aurait eu la capacité de se saisir - pas celui de Coinbase qui a réfuté cette hypothèse -, ou restituée moyennant une contrepartie.

Le marché devient «hautement émotionnel»

A l’approche du seuil technique de 30.000 dollars, plusieurs sociétés d’analyse (Oanda Corp, Evercore ISI, Tallbacken Capital) ont estimé qu’un prochain mouvement à la baisse pourrait entraîner la cryptomonnaie jusqu’à 20.000 dollars. «L’analyse technique est aussi davantage utilisée par les investisseurs retail, moins sophistiqués, qui n’ont pas d’autres moyens de juger comment agir : le marché devient ‘hautement émotionnel’, lié aux flux et donc plus difficile à appréhender, poursuit Zahreddine Touag. Ces ventes entraînent également des appels de marge et/ou le débouclage de positions institutionnelles sur les marchés de dérivés, avec de facto la vente des couvertures sur le marché spot. Mais, en l’absence d’autres facteurs techniques, nous observons chez nos contreparties que ces mouvements offrent des points d’entrée aux investisseurs sophistiqués confiants sur les perspectives à plus ou moins long terme.» En attendant les prochaines turbulences.