L'avis d'Edmond de Rothschild AM

En 2017, la reprise mondiale s’est affirmée, mais aussi et surtout synchronisée. Ce mouvement se poursuit en ce début d’année. La transition de l’économie chinoise – qui a cristallisé de nombreuses craintes – semble se passer de façon harmonieuse.

Ainsi, l’année 2018 démarre en fanfare pour les actifs risqués. Les marchés d’actions mondiaux affichent de très bonnes performances, tirés en Europe par les cycliques et les banques, aux Etats-Unis par le secteur technologique qui continue sur sa lancée mais aussi les prémices d’une rotation sectorielle et un regain d’intérêt pour des valeurs délaissées, et au sein des pays dits émergents (Russie, Brésil, Argentine et Chine). Cet environnement porteur sur les marchés d’actions se retrouve également sur les marchés du crédit en ce début d’année et notamment sur les segments affichant les taux de rendement les plus élevés.

Dans le même temps, nous constatons une légère remontée des taux, principalement aux Etats-Unis et dans une moindre mesure en Europe. Ces mouvements ont été accompagnés d’une pentification de la courbe et d’une remontée des anticipations d’inflation dans le sillage de la hausse des cours du pétrole et des excellentes publications macroéconomiques. En Europe, plusieurs membres du comité exécutif de la BCE mettent en lumière la probabilité de voir le programme d’achat d’actifs se terminer en septembre 2018.

Sur les marchés des matières premières, le rebond des prix du pétrole a été rapide du fait de la bonne discipline des pays Opep / non Opep et de la baisse des stocks amorcée en 2017.

Dans ce contexte de taux de rendement et de risque faibles, nous préconisons une sous-exposition aux actifs obligataires. En effet, si on peut encore y trouver des opportunités, les niveaux de valorisation restent en faveur des actions, sur lesquelles le risque nous paraît être mieux rémunéré.

Au sein des marchés d’actions, nous souhaitons rester bien investis mais toutefois tactiquement moins que ces derniers mois, le marché nous semblant suracheté à court terme. Nous favorisons les actions de la zone euro qui devraient tirer parti de l’environnement de croissance attendue pour 2018, du potentiel d’amélioration des marges et du biais accommodant de la BCE. Les actions américaines devraient quant à elles bénéficier de la poursuite du cycle et la mise en place du plan de réforme fiscale favorisant dépenses d’investissement, rapatriement de capitaux et rachats d’actions. Nous privilégions ici le style « value » dont la décote est historique, qui devrait profiter de la normalisation de l’environnement de taux ; de plus les stratégies actions de croissance apparaissent comme étant surachetées par le marché. Les actions japonaises ont également notre faveur, ces dernières étant plus largement exposées à la croissance mondiale et traitent sur des niveaux de valorisation relative attractifs. Nous adoptons un positionnement plus prudent vis-à-vis des actions émergentes ; si les fondamentaux sont bons et les valorisations attrayantes, les mouvements de taux anticipés au sein des économies développées ainsi que les implications que ces derniers seront susceptibles d’avoir sur les devises pourraient peser.

Sur les marchés obligataires, les niveaux des taux réels core euro – largement en territoire négatif – ne nous apparaissent pas justifiés étant donné la vigueur de l’économie européenne. A ce titre, nous sommes particulièrement prudents sur le risque de taux 10 ans. Aux Etats-Unis, le fort mouvement d’aplatissement de la courbe américaine et le risque grandissant de voir l’inflation se matérialiser aux Etats-Unis nous conduisent à être défiants sur les taux longs américains. En termes d’allocation, les niveaux de valorisation particulièrement élevés nous incitent à adopter une approche prudente et à favoriser au sein des pays développés les émetteurs dits périphériques offrant un rendement relativement attractif. Le crédit Investment Grade américain (couvert du risque de taux) devrait pour sa part bénéficier des réformes aux Etats-Unis. Plusieurs facteurs (fondamentaux économiques, indicateurs avancés, faible taux de défaut et QE) soutiennent le crédit high yield et la dette subordonnée financière. Enfin, les obligations indexées à l’inflation européennes et américaines (couvertes du risque de taux) offrent un profil de risque asymétrique et intéressant... 

Principaux points forts du marché

  • Un environnement macro-économique bien balisé et porteur pour les actifs dits risqués
  • Un risque de crise financière en baisse grâce aux premiers succès de la transition chinoise
  • Des banques centrales très prudentes dans le resserrement de la politique monétaire

Principaux points faibles du marché

  • Les marchés deviennent « moutonniers » du fait de l’abondance de la liquidité et de la qualité de l’environnement
  • Les marchés n’apprécient pas les incertitudes, mais méfions-nous de trop de certitudes, surtout avec des valorisations tendues
  • Un équilibre instable avec une trop forte dépendance des marchés aux banques centrales