Ventes aux enchères

L’art pictural poursuit sa montée jusqu’au ciel

Artprice.com
Prises dans l'élan des records, les sociétés de ventes continuent sur la lancée d'un millésime 2014 historique
Les premiers résultats de l'année en témoignent, tant sur les valeurs sûres que sur les jeunes pousses spéculatives
DR, « Le Grand Canal » de Claude Monet a été adjugé 31,6 millions de dollars.

Sur les trois premiers mois de l’année, le marché se réveille d’abord en Europe et en Chine, le découpage périodique réservant les ventes de prestige new-yorkaises – les plus importantes – pour le mois de mai. L’année a donc démarré en force à Londres avec les cessions traditionnelles d’art impressionniste, moderne et surréaliste (les 3 et 4 février derniers). Le challenge des sociétés de ventes opérantes est alors de présenter des œuvres historiques de haute qualité, des valeurs sûres que l’on redécouvre si possible, c’est-à-dire qui n’ont pas fait l’objet de transactions préalables aux enchères depuis longtemps. Convaincre les grands collectionneurs de se défaire de leurs chefs-d’œuvre est la condition première de la réussite de ces ventes ouvrant l’année. Or, le contexte actuel d’un marché haut de gamme particulièrement solide et d’une demande véritablement mondialisée par la dématérialisation des ventes (possibilité d’enchérir en ligne ou par téléphone) s’avère particulièrement propice. Les vendeurs, déjà confiants, se voient rassurés par l’engagement financier des grandes maisons (qui garantissent un prix de vente pour convaincre davantage les collectionneurs à se défaire de leurs œuvres) et des acquéreurs du monde entier se manifestent.

De Claude Monet…

Des enchérisseurs issus de plus de 30 pays ont répondu présents lors des dernières ventes de février où Christie’s et Sotheby’s affichent un résultat cumulé de 507 millions de dollars frais inclus, en deux jours seulement. Sotheby’s, fondée rappelons-le en 1744, n’avait même jamais enregistré un tel résultat à Londres (plus de 285 millions). Sa meilleure enchère témoigne de la poussée constante de prix sur les signatures majeures de l’histoire de l’art : la société cédait en effet cinq œuvres du chef de file impressionniste Claude Monet, dont « Le Grand Canal », un chef d’œuvre de 1908 adjugé 11,5 millions de dollars en 2005 et porté à 31,6 millions cette année. Le prix de cette œuvre a donc grimpé de 20 millions en dix ans...

… à Gerhard Richter.

« Le Grand Canal » de Monet n’est pourtant pas le meilleur résultat de ce début d’année, décroché par Gerhard Richter. Né en 1932 à Dresde, il vit et travaille à Cologne et serait l’artiste vivant le plus cher du monde si la spéculation
n’allait pas si bon train pour Jeff Koons. Ses prix ont flambé de 220 % en dix ans et il a signé, le 10 février dernier chez Sotheby’s Londres, un nouveau record mondial à 46,3 millions de dollars frais inclus pour une grande toile abstraite de 1986, « Abstraktes bild ». Cette toile, qui valait 607.500 dollars frais inclus en 1999 (adjugée, à l’époque, 550.000 dollars par Sotheby’s), a gagné 45,6 millions en quinze ans... Le fer de lance de la peinture contemporaine allemande n’en revient pas lui-même.

Ces niveaux de prix lui paraissent déconnectés de la réalité, mais le marché l’a élu. Le marché européen en premier lieu, mais aussi le marché américain, sensible à ses champs colorés méditatifs. En ce début d’année, une toile – certes magnifique – de Gerhard Richter vaut donc plus cher qu’une « Odalisque au Fauteuil » d’Henri Matisse ou qu’une « Vue sur l’Estaque » historique de Paul Cézanne. L’année dernière, le classement des artistes par produit de ventes donnait Richter quatrième derrière Andy Warhol, Pablo Picasso et Francis Bacon. Sociétés de ventes et investisseurs n’en n’ont pas fini pour autant avec Richter, dont les pays anglo-saxons sont de gros consommateurs.

Les jeunes aussi.

Au-delà de l’envolée spectaculaire que connaît Richter, qui restera l’un des grands artistes de l’art contemporain, d’autres résultats récompensant quelques jeunes artistes en pleine émergence s’avèrent moins convaincants. Celui de Jonas Wood (né en 1977) notamment, jeune artiste californien déjà pris dans le tourbillon des prix. Le jour du record de Richter était aussi celui du record de Wood avec la toile « Studio Hallway », adjugée 457.140 dollars, soit plus de 556.000 dollars frais inclus, un prix pour lequel il est possible d’acquérir une huile sur toile de George Braque ou un dessin de Picasso.

Or, si l’on sait que Braque et Picasso resteront au sommet, les choses sont nettement moins assurées concernant Jonas Wood. Promu comme star émergente sans avoir fait ses preuves dans la durée, Jonas Wood incarne les excès du marché de l’art contemporain.

Si grâce à Richter, Twombly et quelques autres grandes signatures, la vente du 10 février de Sotheby’s à Londres fut la meilleure de son histoire européenne en matière d’art contemporain (avec un résultat de 188,2 millions de dollars), le deuxième trimestre de l’année s’annonce plus explosif encore à New York. Ce n’est rien de le dire avec un lot de records mondiaux, le 11 mai dernier chez Christie’s à New York : l’une des plus grandes ventes de tous les temps (705 millions de dollars). Au cours de cette vente, une œuvre de Giacometti, « L’Homme au doigt », a été adjugée 141 millions de dollars et le record absolu a été dépassé par l’œuvre de Picasso « Les Femmes d’Alger », décrochée à 179,6 millions de dollars…