L'année 2023 devrait être celle de l'obligataire, estime le secteur de la gestion

Réjane Reibaud, envoyée spéciale à Bruxelles
 En attendant, selon certains experts, la clientèle de particuliers va souffrir cette année. Le segment va droit vers un choc comparable à celui de 2008.
(Crédit DB.)

Entre guerre en Ukraine, inflation accélérée et un rythme de hausse des taux rarement vu, l'année 2022 sonne comme une "annus horribilis" pour le secteur de la gestion d'actifs, mais celui-ci tourne déjà les yeux vers 2023. "Les choses sont cycliques, le secteur doit être en mesure de saisir les opportunités qui se présentent", a ainsi déclaré Patrick Thomson, directeur général pour la zone EMEA de JP Morgan Asset Management qui intervenait ce 17 novembre à Bruxelles à l'Investment Management Forum de l'Efama (association européenne de la gestion). Selon lui, le secteur devrait profiter l'an prochain d'un regain de flux vers le segment obligataire en raison de la hausse des taux.

Il approuvait ainsi une perspective mise en avant par Maxime Carmignac, directrice générale au Royaume-Uni de la société de gestion française Carmignac fondée par son père, qui rappelait par ailleurs qu'en termes de flux dans les fonds, l'année 2022 est la deuxième plus mauvaise de l'histoire après celle de 2008. "C'est une situation alarmante" a-t-elle dit, après avoir estimé que cette situation était tout autant paradoxale. "Il y a en ce moment une hausse forte de l'inflation et une baisse du taux d'épargne. C'est paradoxal dans le sens où plus l'inflation augmente, plus il est nécessaire d'investir son cash pour la combattre".

Tous les intervenants se sont mis d'accord sur le fait que c'est la clientèle de particuliers qui allait le plus souffrir cette année versus celle des institutionnels. "Les portefeuilles des particuliers reculent en moyenne de 15% depuis le début de l'année sans compter l'inflation. Le segment va droit vers un choc comparable à celui de 2008", a prévenu Peter de Coensel, directeur général de Degroof Petercam Asset Management.

Il faudra donc user de beaucoup de pédagogie pour regagner encore et encore la confiance des particuliers. Peter de Coensel a évoqué aussi la nécessité d'accroître la transparence et des prix cassés.

Hans Stoter, global head de l'activité "core" d'Axa Investment Managers estime qu'une bonne nouvelle existe tout de même avec la fin des taux négatifs : "on sait que les institutionnels sont de grands investisseurs du segment obligataire, mais je pense que les particuliers vont avoir enfin une alternative plus sécurisée en termes d'investissement par rapport au marché des actions grâce à l’obligataire et au retour de taux positifs".

Interrogés sur la façon dont ils avaient traversé l'année en termes d'activités, les gérants ont reconnu que pour eux aussi l'année avait été compliquée mais qu'il fallait continuer d'investir sur le business. Maxime Carmignac a précisé que son groupe en avait profité pour faire de nouveaux investissements sur le segment de l'alternatif et recruter des équipes. "Nous sommes à 5% aujourd'hui et nous voulons monter à 15%", a-t-elle indiqué sans préciser toutefois s’il s’agissait du pourcentage des revenus ou des encours.