L’AMF enfonce les prestataires financiers chypriotes

Franck Joselin
Les deux tiers des plaintes des épargnants français contre les prestataires de services d’investissement étrangers sont originaires de Chypre.
RK

Chypre, son soleil, ses plages, ses prestataires de services d’investissement (PSI) et leur lot de réclamations. Dans le dernier rapport de l’Autorité des marchés financiers (AMF) sur les plaintes des clients envers les PSI étrangers, les Chypriotes obtiennent la palme. Les sociétés de l’île regroupent à elles seules 64% des plaintes déposées à l’AMF en 2019 et 2020, soit 141 sur un total de 221. L’AMF rappelle dans son rapport que ces sociétés, qui exercent en France en vertu de la libre prestation de services selon les dispositions de la directive dite MIF 2, ne sont pas soumises à la supervision de l’AMF mais à celle de l’autorité nationale de leur pays d’origine. En l’occurrence, pour Chypre, la Cyprus Securities and Exchange Commission (la CySEC).

Sur les 228 PSI domiciliés à Chypre, 197 exercent en France, dont 15 concentrent toutes les plaintes des épargnants. Si ce dernier chiffre paraît faible, cela représente tout de même presque 8% des sociétés chypriotes qui exercent en France et qui font l’objet de signalements.

Les autres plaintes proviennent du Royaume-Uni (15%) et du reste de l’Europe (9%). Le solde, soit 12% des plaintes, concerne des entités domiciliées dans des pays hors de l’Union, et donc de PSI hors-la-loi car ne disposant pas de succursales agréées en France.

Griefs multiples

Les griefs exprimés par les épargnants français concernent des pratiques commerciales agressives (pour 24%), des problèmes lors de la clôture de comptes (19%), des exécutions d’ordres (18%), une redirection vers des sociétés hors de l’Espace économique européen (14%), la fourniture illégale de conseil (5%), et les frais (2%). Le reste est constitué d’autres griefs en tout genre (pour 18% des plaintes). Cette liste à la Prévert rassemble à peu près tout ce que l’AMF veut éviter chez les PSI.

L’analyse des signalements et réclamations de l’AMF corrobore enfin ce que tout internaute confronté aux publicités intempestives de certaines sociétés sait déjà : les offres se concentrent sur la commercialisation de produits financiers «complexes et à haut risque» comme des produits dérivés (principalement des CFD, contracts for difference). Et parmi les sous-jacents les plus souvent proposés, les CFD sur les marchés des changes (Forex) sont les plus représentés.