L’ACPR s’inquiète du mur de la dette des entreprises

Amélie Laurin
Le régulateur surveille de près le risque croissant de défaillance des emprunteurs lié à la fin des mesures de soutien, qui va peser sur la rentabilité des banques françaises.

Les prêts garantis par l’Etat (PGE) et les moratoires sur le remboursement des crédits ont repoussé le problème, mais le risque d'une prochaine hausse des défauts d'entreprises inquiète l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Grâce aux mesures de Place prises au printemps, «il n’y a pas encore de montée des créances douteuses et contentieuses», a constaté hier Dominique Laboureix, secrétaire général de l’ACPR, à l’occasion de la présentation de son rapport statistique annuel. Mais, depuis le 30 septembre dernier, des reports d'échéances de six mois mis en place pendant le confinement pourraient mettre les entreprises et leurs banquiers en difficulté. «Il va falloir suivre la qualité de crédit sur les portefeuilles sous moratoire», ajoute le représentant du régulateur français de la banque et de l’assurance. C’est un des points les plus sensibles que nous suivons de très très près.»

5,9 milliards d'euros de provisions

L’ACPR reste très «vigilante» sur la rentabilité des établissements financiers. Outre le contexte de taux bas persistants, la crise sanitaire pèse déjà sur les résultats des banques françaises, dont les revenus ont reculé de 4,2% au premier semestre, le bond de certaines activités de banque de financement et d'investissement ne compensant pas l’érosion des autres métiers.

Face aux probables difficultés de leurs clients, les banques françaises ont certes augmenté significativement leur coût du risque à fin juin, en enregistrant 5,9 milliards d’euros de provisions. Mais il y a eu, à ce stade, «très peu de défauts d’entreprises» en France, rappelle Laurent Clerc, directeur de la direction d’étude et d’analyse des risques à l’ACPR. Les provisions portent principalement sur des risques anticipés, en application de la norme comptable IFRS 9.

Pour le moment, les mesures prises par les pouvoirs publics ont permis de renflouer les trésoreries. Les banques françaises ont déjà octroyé 122 milliards d’euros de PGE (au 2 octobre), mais seule une petite partie pèse sur leur bilan, du fait de la garantie publique sur les remboursements. Alors que les premières échéances de ces crédits seront dues au printemps prochain, pour le premier anniversaire du dispositif, les entreprises ont aussi beaucoup augmenté leurs dépôts bancaires. Ce «paradoxe», selon les mots de Laurent Clerc, pourrait servir d’amortisseur alors que la recrudescence de la pandémie risque de contrecarrer la reprise économique.

La situation semble donc sous contrôle pour le moment. «Après une tendance à la baisse régulière depuis plusieurs années, on observe un léger rebond du taux de prêts non performants (NPL) sur les entreprises non financières au deuxième trimestre (à 3,9% contre 3,8% à fin mars et 4% à fin 2019, ndlr). Concernant les prêts aux ménages, le taux de NPL reste stable pour le moment (à 2,9%, ndlr)», pointe l’ACPR. Cet équilibre résulte de portefeuilles «moins sensibles à la conjoncture qu’aux Etats-Unis», en tout cas pour les particuliers, grâce au moindre recours aux cartes de crédits et au cautionnement des crédits hypothécaires en France.

Le financement des entreprises est en revanche davantage intermédié par les banques de ce côté-ci de l’Atlantique, avec une incidence directe sur les bilans bancaires. En France, les défaillances de sociétés pourraient grimper de 25% entre 2019 et 2021, estimait cet été l'assureur crédit Euler Hermes, ou de 21% selon son homologue Coface. En Allemagne, les autorités ont déjà fait leurs calculs. Le nombre d'entreprises en cessation de paiement pourrait croître de 35% outre-Rhin d’ici à mars 2021, avec plus de 6.000 cas par trimestre, a prévenu hier la Bundesbank, dans son rapport annuel de stabilité financière.