Banques centrales

La normalisation en route

La Réserve fédérale américaine a, sans surprise, relevé ses taux directeurs de 25 points de base le 13 juin
Un jour plus tard, la Banque centrale européenne a confirmé que le quantitative easing touchait à sa fin

La nouvelle était attendue. Le 13 mai dernier, la Banque centrale américaine a relevé de 25 points de base ses taux directeurs, les amenant dans une fourchette entre 1,75 % et 2 %, contre 1,50 à 1,75 % depuis la dernière remontée des taux au mois de mars dernier. Au total, cela fera la septième remontée des taux américains consécutive depuis décembre 2015,
et la deuxième de cette année.

Vers un durcissement. 
Le 14 juin,c’était au Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne de se réunir. Et si, cette fois, il n’est pas – encore -question de hausse des taux, Mario Draghi a précisé les modalités de sortie de la politique d’assouplissement quantitatif. À partir du mois d’octobre prochain, les rachats d’actifs de l’institution passeront à 15 milliards d’euros mensuels, contre 30 aujourd’hui,
et cette politique de rachat prendra fin au mois de décembre de cette année. La hausse des taux n’interviendra,
a également déclaré le président de la BCE, qu’en juin 2019. Les Banques centrales américaines et européennes auront dès lors la même orientation,
à savoir un durcissement de leur politique monétaire.

Ligne claire. Du côté des États-Unis, la situation semble claire pour de nombreux professionnels qui anticipent maintenant quatre hausses de taux pendant l’année, contre trois hausses anticipées il y a encore quelques mois. Quelles sont les conséquences de cette politique monétaire plus « hawkish » ? Les marchés la vivent encore bien parce que, selon certains professionnels, même une remontée des taux telle qu’anticipée aujourd’hui reste tout à fait supportable. DWS, par exemple, expliquait dans une note récente qu’en « prenant pour référence le taux d’inflation “core” (inflation sous-jacente), actuellement de 2,2 %, nous constatons que le taux directeur réel de la Fed reste négatif.
Si l’on considère le pic des précédents cycles de resserrement
monétaire, cette mesure était de 5 % à la fin des années 1980, 4 % au début des années 2000 et de 3 % avant la crise financière. De ce point de vue, les hausses de taux que nous avons observées jusqu’ici ont été plutôt modérées. »
Concrètement donc, dans l’état actuel de l’économie américaine - « qui va très bien », aux dires même de Jerome Powell, le président de la Fed -,
les dangers de cette hausse des taux restent mesurés. D’ailleurs, les marchés d’actions n’ont pas réagi à cette annonce, ni même aux nouvelles anticipations de durcissement de la politique monétaire américaine.
Si l’indice américain S&P 500 n’a pas recouvré ses plus hauts du mois de janvier, sa tendance, depuis la fin du mois de mars, demeure haussière. La politique de la banque centrale américaine apparaît donc claire et justifiée pour les observateurs, dans l’environnement actuel du pays. Sauf éléments exogènes, liés par exemple à un emballement des mesures commerciales de la part du président américain, les marchés restent sereins pour le moyen terme.

Communication habile. Du côté de l’Europe, les déclarations de Mario Draghi ont aussi rassuré les marchés. D’ailleurs, paradoxalement, l’annonce de la fin programmée du quantitative easing a provoqué une baisse des taux longs. Certains points restent cependant à éclaircir car, tout en assurant que les taux ne monteront pas dans les prochains mois, l’institution a sensiblement relevé ses prévisions d’inflation, de 1,4 % à 1,7 % en 2018 et 2019. Par ailleurs, « le discours de Draghi semble aussi minimiser la faiblesse généralisée des enquêtes de conjoncture », estime Natixis dans son dernier point hebdomadaire. Sans compter que des événements politiques, comme dernièrement en Italie - considéré comme étant un problème local par la BCE-, pourraient contrecarrer le bon déroulement de la politique conduite par l’institution. « Sur le fond, expliquent les équipes de Fidelity, le timing peut laisser sceptique au regard du ralentissement économique actuel et d’une inflation essentiellement portée par l’envolée du pétrole. » Mais le gérant estime tout de même que « sur la forme, il paraît toutefois bien choisi. En effet, cette annonce n’a souffert d’aucune défaillance chez les investisseurs,
semble-t-il – au contraire - enfin rassurés d’avoir un calendrier et un programme de sevrage en bonne et due forme »
.

Vigilance. Finalement, les banques centrales, aujourd’hui, gèrent leur politique monétaire et leur communication sans faute décelée par les marchés. Mais il n’empêche qu’une fois encore, le moindre mouvement de ces institutions sera très attendu dans les prochains mois, pour ne pas faire déraper les marchés, aussi bien de taux que d’actions.