La majorité des fonds actions ne survivrait pas à un prix du carbone

Une étude menée par Axylia prenant pour hypothèse le principe du pollueur-payeur pour les entreprises montre la fragilité du système financier actuel.
(Pixabay)

Et si les entreprises payaient leur facture carbone ? Alors que la Cop 26 a finalement défini les règles du marché international du prix du carbone, le fameux article 6 des accords de Paris, la facture reste globalement supportée par les Etats. Les dommages associés aux émissions de CO2 ne sont pas supportés par l’entreprise alors qu’elle en est à l’origine, à l’exception de certains secteurs spécifiques (centrales thermiques, cimentiers…).

C’est en partant de ce constat qu’Axylia, cabinet de conseil spécialisé dans la finance responsable, a réalisé un travail scientifique permettant de convertir en euros les émissions de CO2 des entreprises présentes dans les portefeuilles des 50 plus gros fonds actions Europe et zone Euro immatriculés en France (1). Le constat est sans appel, 72% de ces fonds ne survivraient pas à un prix du carbone supporté par les entreprises. Leurs souscripteurs risqueraient alors gros.. Si tout cela reste hypothétique, la trajectoire actuelle du climat fait peser un réel risque sur le futur. Ce qui est aujourd’hui de la science-fiction pourrait rapidement devenir réalité.

108 euros par tonne de CO2

En partant des travaux du GIEC, qui valorise le prix du carbone à 200 euros en 2030, soit 108 euros aujourd’hui, Axylia a calculé la facture pour les entreprises et l’a comparée à leur Ebitda afin de vérifier leur solidité. La réaction à ce stress test a été répartie en six catégories de Score Carbone®, un modèle développé par Axylia, allant de A à F. Le score matérialise la capacité d’une entreprise à rester rentable après paiement de la facture carbone. Cette dernière représente les dommages associés aux tonnes d’émissions de CO2 sur l’ensemble du cycle de vie des produits et services de l’entreprise.

Là encore les résultats sont criants. « Si le législateur décidait d’appuyer sur le bouton, la moitié des entreprises que nous avons étudiées ne survivraient pas », s’alarme Vincent Auriac président d’Axylia. Des chiffres qui auraient donc un impact terrible sur les fonds puisque près des trois-quarts plongeraient avec les sociétés. Ainsi, aucun des 50 fonds n’obtient le score A et seuls 28 % un score positif B ou C. A l’inverse elles sont 38 % avec un score très alarmant de E et F.

Source : Axylia

Pire, les fonds ISR de l’échantillon (2) font à peine mieux que le reste puisque 64 % d’entre eux passeraient également à la trappe. « Le label ISR est un leurre qui nous fait aller dans la mauvaise direction. Il ne permet pas de prendre en compte les émissions, notamment du scope 3 », s’insurge Vincent Auriac. Pourtant, les émissions du scope 3, liées à l’usage des produits et service, sont responsables « de près de 80 % des émissions dans de très nombreuses industries et même de 93 % dans le secteur bancaire par exemple », rappelle le dirigeant. Or, ce fameux scope 3 n’est que très peu pris en compte par les gérants de la Place.

Source : Axylia

Les fonds respectant la réglementation SFDR ne font guère mieux puisque 69 % d’entre eux seraient également en très grandes difficultés. 

Parmi les bons élèves on retrouve des sociétés de gestion comme Comgest, La Financière de l’Echiquier ou Axa IM. A l’inverse Métropole Gestion ou Lazard Frères Gestion sont très en retard.

A un pas de la réalité

Ces résultats, bien que théorique pour l’instant, doivent amener les gérants à réfléchir sur les critères ESG qu’ils prennent en compte dans leur processus d’investissement. Car la théorie pourrait bien passer à la pratique dans quelques années. « Danone présente depuis deux ans un bénéfice net par action ajusté du prix du carbone (3) et la plupart des entreprises du CAC 40 commencent à prendre en compte le scope 3 car elles savent que cela risque d’arrivée », explique Vincent Auriac, précisant que la plupart font ce calcul pour leurs nouveaux projets et pas forcément sur la globalité de leur activité.

Face au risque systémique que pose le changement climatique, Axylia a mis en place une plateforme affichant le « score carbone » des entreprises et des fonds, aidant particuliers et professionnels à identifier les structures qui créent le moins d’externalités climatiques. Une démarche collaborative permettra aux internautes de rendre exploitables les inventaires des fonds pour les importer sur le site scorecarbone.fr. « A terme, avec l’aide des internautes, le site pourra couvrir les 10.000 fonds offerts sur le marché français », estime Vincent Auriac, qui espère que cette initiative permettra de « dire stop au greenwashing ».

Liste des fonds de l'échantillon 

Sources : Quantalys, Axylia, sites des sociétés de gestion

(1)   Ces fonds représentent 65% des encours sur le marché selon les catégories de l’Autorité des Marchés Financiers.

(2)   L’échantillon observé est composé de 25 fonds ISR et 25 fonds conventionnels

(3)   Danone a retenu un prix vraisemblablement sous-estimé à 35 euros la tonne, contre les 60 euros retenus par le quota européen et les 108 euros du GIEC.