La MACSF sponsorise un Spac consacré au secteur technologique

Laurence Pochard
Le véhicule se cote à Paris pour lever au moins 150 millions d'euros afin de financer une société de services numériques B2B, idéalement française et valant autour du milliard d’euros.

La vogue des Spac a gagné un investisseur institutionnel français. La MACSF est l’un des fondateurs de Dee Tech, le premier Spac (Special purpose acquisition vehicule, véhicule d’acquisition) français qui se destine à acquérir une entreprise technologique européenne pour fusionner avec elle. Il s'agit du cinquième Spac lancé à la Bourse de Paris.

«L'intérêt pour la MACSF d’être promoteur du Spac est d’une part financier, car les titres des fondateurs peuvent rapidement prendre de la valeur, et d’autre part cela nous permet d’être à la manœuvre sur le choix de la cible qui fera l’objet de la fusion avec le Spac, il faut en effet pour cela l’unanimité du conseil d’administration», explique Roger Caniard, directeur financier de la mutuelle. Il juge que le marché des Spac s’est aujourd’hui assaini et n’est plus réservé à des hedge funds recourant largement au levier. Les institutionnels y trouvent désormais leur place, comme pour le Spac milanais Revo. Consacré au secteur de l’assurance, ce dernier s’appuie sur les investisseurs fondateurs Scor, Vittoria Assicurazioni et la fondation Cariverona et a levé 200 millions d’euros.

L’assureur français est accompagné dans Dee Tech par les entrepreneurs du numérique et investisseurs Marc Menasé (directeur général) et Michaël Benabou (président), du banquier d’affaires Charles-Hubert de Chaudenay (censeur) et du fonds de capital investissement IDI comme promoteurs du véhicule. Ils se sont entourés de Fanny Picard (fondatrice du fonds d’impact non coté Alter Equity), Nathalie Balla (co-présidente de La Redoute) et Inès de Dinechin (ancienne directrice générale d’Aviva Investors France) en tant que membres indépendants du conseil d’administration.

Lancement de la collecte

En complément de leur investissement de 4,9 millions d’euros (susceptible d’être porté à six millions d’euros en cas d’exercice intégral de la clause d’extension) en tant que fondateurs, MACSF Epargne Retraite, IDI et Michaël Benabou participeront à l’offre, directement ou indirectement, pour des montants respectifs de 20 millions d’euros, 15 millions d’euros et 5 millions d’euros.

Dee Tech lance une augmentation de capital d’un montant de 150 millions d’euros, pouvant être portée à 195 millions d’euros en cas d’exercice intégral de la clause d’extension. L’offre est réservée aux investisseurs qualifiés, et les promoteurs du Spac ont déjà mené plus de 80 rendez-vous en vue de remplir le livre d’ordres. La société sera cotée sur le compartiment professionnel du marché réglementé d’Euronext Paris. Les promoteurs espèrent avoir fait le plein avant le 23 juin.

Un «géant» de la tech européenne

Le portrait-robot de la cible du Spac se présente ainsi : une société qui facilite l’usage du digital, dont les clients sont des entreprises et avec une valorisation aux alentours du milliard d’euros. Comme elle devra se retrouver cotée à Paris en fusionnant avec Dee Tech, elle doit idéalement présenter un chiffre d’affaires récurrent d’au moins 150 millions d’euros, un Ebitda positif et une croissance très forte de 30% minimum afin que le marché l’accepte.

L’idée consiste pour le Spac de prendre le relais de fonds de capital risque ou de private equity en leur offrant de la liquidité, puis qu’ils se réengagent aux cotés de Dee Tech pour continuer à accompagner la cible. Que la MACSF souhaite française, confiante dans la qualité et la profondeur du vivier existant. Et cette confiance lui permet d’envisager une acquisition en moins d’un an.