La gestion d’actifs européenne devrait battre son record d’encours en 2020

Adrien Paredes-Vanheule
L’association européenne de la gestion d’actifs et de fonds d’investissement se veut optimiste pour le dernier trimestre d'une année chahutée pour les sociétés de gestion.
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A l’occasion d’une présentation à la presse de son rapport sur la gestion d’actifs européenne 2020, l’association européenne de la gestion d’actifs et de fonds d’investissement (Efama) a estimé jeudi que le secteur était bien parti pour établir un nouveau record d’encours sous gestion fin décembre après une baisse de 11% d’encours au premier trimestre puis un rebond de 8,3% au deuxième trimestre. A fin juin 2020, l’industrie de la gestion d’actifs européenne gérait quelque 24.900 milliards d’encours selon les données de l’Efama entre fonds d’investissement et mandats discrétionnaires. Le record actuel date de 2019, laquelle année a vu le secteur atteindre environ 25.800 milliards d’euros d’encours.

Durant cette décennie, la gestion d’actifs en Europe aura connu une croissance quasi constante, ayant surtout crû entre 2012 et 2017 – passant de 15.400 à 23.800 milliards d’euros - en raison des bonnes performances des marchés actions selon Thomas Tilley, chercheur senior à l’Efama. Le rapport de l’association suggère qu’à fin 2018, les fonds d’investissement représentaient 54,6% des encours du secteur contre 45,4% pour les mandats discrétionnaires. Six pays concentraient près de 85% de la gestion d’actifs en Europe, à savoir le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et la Suisse. A elle seule, la France représentait 18% des encours des fonds d’investissement européens fin 2018 (2.316 milliards d'euros) et 17% des encours de mandats discrétionnaires (1.756 milliards d'euros), derrière le Royaume-Uni dans les deux cas. La clientèle des gestionnaires d’actifs européens fin 2018 se divisait entre 72% d’institutionnels (majoritairement fonds de pension et assurances) et 28% de clients particuliers. Pour la servir, le secteur employait directement 115.000 personnes dont 75.000 dans trois pays (France, Royaume-Uni et Allemagne) et indirectement 525.000 personnes.

« Davantage de concurrence à venir » 

Selon les données de l’Efama, l’allocation d’actifs des gestionnaires européens à fin 2018 était en moyenne de 42% en obligations, 28% en actions, 24% en autres actifs (alternatif, hedge funds, immobilier, etc.) et 6% en fonds monétaires et en cash. En termes absolus, les fonds d’investissement européens détenaient 2.500 milliards d’euros de dette ainsi que 1.200 milliards d’actions émises par des sociétés basées dans la zone euro, soit 25% de la dette européenne et 30% des actions européennes fin 2018. L’Efama calcule en outre que les sociétés de gestion européennes détenaient l’équivalent de 52,9% de la capitalisation boursière européenne. La part de détention de dette européenne est néanmoins en baisse. L’association constate que depuis 2015, les gestionnaires européens détiennent plus de dette non européenne que de dette européenne, suggérant qu’ils recherchent du rendement ailleurs. Ils possèdent aussi davantage d’actions non européennes qu’européennes, dont la détention connaît une légère baisse. Vera Jotanovic, chercheuse senior à l’Efama, estime que cette tendance baissière pourrait se poursuivre en raison de l’appétit des investisseurs pour les actions chinoises et émergentes mais qu’elle ne serait pas drastique pour autant.

Baisse des revenus nets

Par ailleurs, l’Efama pointe une baisse des revenus nets des gestionnaires européens dans son rapport, s’appuyant sur une étude du consultant McKinsey. Ils représentaient 35,9% des encours fin 2013 contre 33,5% fin 2019. Sur la même période, les coûts opérationnels ont baissé (22,4% des encours fin 2013 contre 20,1% fin 2019). Le résultat d’exploitation est demeuré stable, formant 13,4% des encours fin 2019. Interrogé sur une éventuelle vague de consolidations à venir, Bernard Delbecque, directeur de la recherche à l’Efama, répond qu’il s’attend à davantage de concurrence entre les gestionnaires d’actifs européens dans les années à venir et que les frais de gestion continueront de baisser, notamment à cause de la poussée de la gestion passive«Cela impactera la profitabilité des sociétés de gestion, particulièrement en fonction des coûts liés à la réglementation et aux investissements tech comme l’intelligence artificielle. Il y aura des tensions qui pourraient mener à une consolidation active mais qui sera graduelle plus que radicale. Nous pouvons aussi nous attendre à ce que les encours diminuent dans les fonds monétaires et qu’il y ait moins de cash détenu en portefeuille dans les années à venir», conclut-il.