La gestion d’actifs bascule vers le monde du retail

Franck Joselin
Deloitte estime qu’en France les relais de croissance de la gestion d’actifs sont davantage sur le marché des particuliers, plutôt que sur la clientèle institutionnelle.

En 2018, tout va bien dans le monde de la gestion d’actifs. C’est en tout cas ce qui pourrait ressortir, à première vue, de la sixième étude Asset Management Trends du cabinet Deloitte. Mais si beaucoup de voyants sont aujourd’hui au vert, concernant notamment les encours et la collecte, Pascal Koenig, associé industrie financière et responsable asset management chez Deloitte, rappelle tout de même que les sociétés de gestion françaises «restent confrontées à un certain nombre de risques concernant leur efficacité opérationnelle et ne disposent plus de pricing power».

Pour pallier ces problèmes, ces dernières disposent du levier que constitue le marché des particuliers, vers lequel elles se tournent progressivement, et pour lequel les marges sont bien plus élevées que pour une clientèle institutionnelle. «La France était un pays de gestion institutionnelle, mais est en train de basculer dans le monde du retail», affirme Pascal Koenig.
Nécessaire adaptation des gérants

Plusieurs raisons, liées aux nouvelles préoccupations des Français pour leur retraite individuelle et à la volonté politique d’améliorer le financement de l’économie (notamment via la fiscalité et la loi Pacte), expliquent ce revirement. «Pour leur retraite individuelle, par exemple, les particuliers vont être amenés à investir directement dans des fonds, se passant de plus en plus d’intermédiaires», estime le professionnel. «La flat tax, mise en place en octobre 2017, pourrait également rendre les comptes titres plus compétitifs.» Si elle se concrétise, cette appétence des Français pour les OPCVM pourrait se traduire, dans l’assurance vie, par d’importants arbitrages des fonds en euros vers les unités de compte (UC) dans les prochaines années. Ce à quoi croit fermement Deloitte qui anticipe qu’à horizon 2020 la part d’UC représentera 35% des encours de l’assurance vie, contre 20% aujourd’hui.

Evidemment, ce passage à un marché davantage tourné vers les particuliers ne se fera pas sans une adaptation des gérants d’actifs. Ils devront non seulement ajuster leurs méthodes de vente et de distribution pour rendre leurs gammes accessibles et compréhensibles au plus grand nombre, mais aussi diminuer les coûts liés aux contraintes réglementaires et intégrer les nouvelles technologies, tant dans leur fonctionnement que dans leurs offres.