La France pousse pour un fonds de sauvetage européen

La rédaction
Alors que l'Allemagne et les Pays-Bas ne veulent pas entendre parler d'eurobonds, Paris tente de trouver un compromis.
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La France tente de trouver une issue à l’impasse actuelle sur les moyens de financer en commun, à l’échelle européenne, le coût économique de l’épidémie de Covid-19.

Dans un entretien au Financial Times, le ministre français de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, a proposé hier un compromis à ses homologues européens : la création d’un fonds de sauvetage. «Disposer d'un fonds, disons pour cinq ou dix ans - pour une période limitée - avec la possibilité d'avoir de la dette mutualisée mais uniquement au sein de ce fonds, pourrait être plus acceptable pour d'autres pays et pourrait donc être une solution», a expliqué Bruno Le Maire.

Selon la proposition française, le fonds pourrait compléter le budget de l’Union européenne et serait géré comme lui par la Commission européenne et non par le Mécanisme européen de stabilité (MES). Ce dernier est doté d'une force de frappe de 410 milliards d'euros et peut fournir des prêts à taux bonifiés aux Etats dans le besoin, mais ils ont jusqu'ici toujours été assortis de conditions précises, comme d'entreprendre des réformes du marché du travail, ou d'objectifs budgétaires. La Commission a la réputation d'être plus souple et ne lie pas ses prêts à ce genre de conditions.

Volonté politique

Jusqu’à présent l’Allemagne et les Pays-Bas se sont opposés à l’idée de mutualiser la dette européenne via des eurobonds. «Je ne peux pas imaginer de circonstances dans lesquelles les Pays-Bas pourraient accepter les ‘eurobonds’, qui vont contre le modèle même d’union économique et monétaire», avait par exemple lancé le Premier ministre hollandais Mark Rutte, à la suite du dernier Conseil européen du 26 mars, incapable de trouver un compromis sur l’utilisation du MES.

Les économistes de LBPAM évoquaient eux aussi hier matin une solution intermédiaire, entre des eurobonds «probablement inacceptables pour l’Allemagne et quelques autres pays du nord» et des «conditionnalités d’un programme MES probablement inacceptables pour l’Italie». Celle-ci pourrait notamment prendre la forme d’un programme du type des lignes de crédit conditionnelles (ECCL) du MES. Selon eux, «les obstacles techniques sont loin d’être insurmontables. La question, la seule, est celle de la volonté politique». Les ministres des Finances européens se retrouvent le 7 avril pour un Eurogroupe.