La fintech Taurus lance une place de marché pour les actifs digitaux

Pauline Armandet
A partir du 10 mai, elle permettra aux institutions financières d’échanger des titres de sociétés non cotées.

Le timing est plutôt bien choisi. Alors que la capitalisation totale des cryptomonnaies a dépassé les 2.100 milliards de dollars, la fintech suisse Taurus annonce le lancement d’une place de marché pour les actifs digitaux. Baptisée Taurus Digital eXchange, elle a reçu l’autorisation de l'Autorité suisse de surveillance des marchés financiers (Finma). Opérationnelle le 10 mai, elle permettra aux institutions financières d’échanger des titres de sociétés non cotées en deux clics, «de la même manière qu’on peut acheter un livre sur Amazon», confie à L'Agefi Sébastien Dessimoz, cofondateur de Taurus.

En Europe, il existe plus de 25 millions de sociétés non cotées, «avec quelques dizaines de milliers» de sociétés qui pourraient bénéficier de cette technologie, espèrent ses fondateurs. Des «dizaines» de sociétés auraient déjà contacté la fintech, dont l'Arab Bank Switzerland, la cryptobanque Seba ou encore la société de e-commerce Audacia. La fintech travaille aussi avec certains asset managers, notamment dans l’immobilier «qui voient dans cette technologie une manière de distribuer autrement leurs investissements», explique Lamine Brahimi, cofondateur de Taurus. Des émissions de titres de taille moyenne, notamment entre 20 et 100 millions de francs, pourraient être envisagées, souligne la société.

Fondée en 2018 par quatre anciens banquiers, Taurus permet d'émettre des actifs numériques (ou titres tokenisés), d'en faire le transfert, en proposant également un coffre numérique. Elle revendique une quinzaine de clients bancaires, espérant doubler son nombre de clients cumulés cette année. Parmi ses concurrents figurent notamment la société américaine Curve ou encore la française Ledger. La société ne considère pas, en revanche, «les Bourses comme des compétiteurs mais plutôt comme des partenaires».

La Suisse en pointe sur les cryptoactifs

La fintech bénéficie d’un contexte règlementaire suisse favorable aux cryptomonnaies. Depuis 2017, les banques peuvent détenir des cryptomonnaies. En 2019, le gendarme financier a même accordé des licences bancaires à deux «cryptobanques», Seba et Sygnum. Par ailleurs, depuis février, la Suisse est devenue l’un des premiers pays à adopter une loi sur les actifs numériques, baptisée «loi DLT», qui permet notamment d’associer des titres à des jetons numériques. La Suisse va donc beaucoup plus loin que la France en matière de cryptoactifs, malgré l’entrée en vigueur de la loi Pacte et de son régime de prestataires d’actifs numériques (PSAN).

Cette année, Taurus espère aussi se lancer à l’international, «sans doute à Paris», où des banques françaises traditionnelles pourraient faire un pas dans l’univers des cryptomonnaies. La fintech pense également à Singapour, une place importante pour les sociétés spécialisées dans les cryptomonnaies. Après avoir réalisé une levée de fonds supérieure à 10 millions en mai dernier, elle ambitionne de réaliser une série B.

Taurus se rémunère avec les frais de licence annuelle payés par les banques qui utilisent sa technologie. Par ailleurs, si un client peut accéder gratuitement à sa plateforme de négoce, il paye également des frais de négoce. La société réaliserait plusieurs millions de chiffre d’affaires chaque année, «avec une croissance de 80 à 100% par an» de ses revenus, précisent ses fondateurs.