Gestion de fortune

La financiarisation du marché de l’art se confirme

Le marché de l’art ne peut pas être totalement transparent
La problématique de la planification successorale devient importante

 Fabien BOUGLÉ, Consultant en gestion de patrimoines artistiques, Saint Eloy Art Wealth Management

Le 8 novembre 2017 se tenait à Milan la dixième conférence « Art and finance » organisée par Deloitte en partenariat notamment avec la bourse italienne et la compagnie d’assurance AXA Art. L’événement a réuni des personnalités du monde de l’art et de la finance venues d’Europe et parfois des Etats-Unis autour de trois grands thèmes : le rôle du gérant de fortune dans le management des collections d’art, la question de la transparence du marché de l’art et des besoins, et les risques dans le cadre de cette gestion de fortune artistique.

Cette 10e conférence constituait à n’en pas douter un événement majeur pour la gestion de fortune artistique. En effet, non seulement les thèmes abordés et les échanges permettaient d’entrevoir une véritable institutionnalisation de la relation entre le marché de l’art et la finance mais en plus le rapport de 270 pages rédigé par Deloitte avec la société ArtTactic constitue une photographie d’avant-garde de la manière d’entrevoir les liens entre l’art et le monde de la gestion de fortune dans les années qui viennent.

Un constat s’impose : l’art dans la finance n’est pas traité lors de cette journée sous l’angle de l’investissement ou du placement financier. De manière presque unanime, l’ensemble des intervenants s’intéressait à la manière d’intégrer les objets d’art ou de collection dans une dynamique de gestion de fortune.

L’art en tant qu’actif du patrimoine supplée l’art en tant que placement tel qu’il a pu être caricaturé par les fonds communs de placement en art, ou des affaires comme Aristophil ou Marble art Invest. Au contraire, l’ensemble des échanges s’est plutôt focalisé sur les manières d’entrevoir l’intégration des œuvres d’art dans une logique de gestion de fortune. A cet égard, la présidente de l’Association italienne du family office a bien insisté sur la nécessité de s’occuper de cette classe d’actifs dans le cadre de leur activité.

De nombreuses affaires secouent le marché de l’art à l’échelle mondiale : on peut citer les affaires de faux tableaux, l’affaire Bouvier/Rybolovlev, ou celles concernant des biens provenant du terrorisme... aussi la question de la transparence a-t-elle été particulièrement abordée dans la seconde table ronde. Cette question doit être équilibrée. Le marché de l’art ne peut pas être totalement transparent. Des collectionneurs peuvent souhaiter de cacher l’achat d’une œuvre, créant ainsi une virginité favorable à sa valorisation ultérieure. La multiplication des informations sur les résultats des ventes aux enchères a du bon, dans la mesure où elle évite les risques de délits d’initié et en même temps incite les vendeurs ou les acheteurs à plus de discrétion par l’usage des ventes privées.

Simultanément, cette recherche d’une grande rigueur oblige les professionnels du secteur à des modalités de due diligence ou de compliance afin d’éviter de mettre sur le marché des œuvres de provenances incertaines voir même illicites ou en lien avec du blanchiment d’argent.

La question extrêmement intéressante des liens intergénérationnels a également été abordée. L’amateur d’art peut transmettre son goût de la collection, comme le montre très bien la grande diversité de la collection de la famille Barbier Muller. En même temps, il est difficile d’imposer à ses enfants un style ou un thème de collection. La problématique de la planification successorale devient alors importante car il convient de préciser avec les héritiers leur appétence ou non aux biens culturels qu’ils peuvent recevoir et envisager ainsi le sort d’une collection.

Il est particulièrement difficile de résumer en quelques lignes le contenu du rapport qui a été diffusé à cette occasion (il s’agit du 5e rapport Art and Finance) mais on retiendra en substance que le marché de l’art nécessite une véritable institutionnalisation des bonnes pratiques, et c’est ce qu’a proposé The Art Law Fondation à Genève au travers de la Responsible Art Market Initiative.

Records. Enfin l’étude des besoins des collectionneurs et des acteurs financiers a été fortement détaillée. L’évolution depuis 10 ans montre que le lien entre gestion de fortune et gestion de patrimoine artistique ne fait que progresser. Une situation que doivent impérativement prendre en compte de plus en plus de family offices et banquiers privés à l’heure où la vente du Salvador Mundi de Léonard de Vinci a conduit à un nouveau record d’enchère, qui devrait dynamiser le marché de l’art pour les prochaines années.