Pétrole

La fin de la chute des prix n’implique pas forcément de rebond immédiat

Après une baisse quasi ininterrompue de six mois, le pétrole semble avoir touché ces dernières semaines un plancher compris entre 35 et 40 dollars le baril Même si la pénurie à long terme est toujours prévue, des économistes attendent les premiers signes de reprise de l’économie pour voir les cours repartir à la hausse.

Deux cents dollars. Il y a un peu moins d’un an, il n’était pas rare d’entendre les prévisionnistes annoncer ce prix à court terme pour un baril de pétrole. Aujourd’hui, avec le ralentissement de l’économie mondiale, la donne a changé. Les prix avaient baissé, au début de l’année, de près de 75 % par rapport aux plus hauts de l’été 2008. Le baril est ainsi passé de 140 dollars à 35 dollars aux mois de janvier et février dernier. Tout dernièrement, la chute semble avoir été endiguée avec des prix du baril qui oscillent autour de 50 dollars.

La raison de ce brusque retournement est simple : d’une situation de pénurie, provoquée par une forte croissance économique des pays émergents, l’offre en pétrole est maintenant excédentaire par rapport à la demande. Une situation qui pourrait durer encore quelques mois - en attendant le rebond de l’économie mondiale - pendant lesquels les spécialistes anticipent un pétrole entre 40 et 60 dollars

le baril.

Une demande en baisse.

Très logiquement, la demande de pétrole reste corrélée à l’activité économique. Ainsi, les économistes s’accordent à dire qu’une variation du produit intérieur brut mondial de 1 % correspond, en moyenne, à une variation de 0,5 % de la demande de pétrole. Or, avec le fort ralentissement économique observé aujourd’hui, pour la première fois depuis le début des années 80, la demande de pétrole s’est orientée à la baisse.

« Les capacités excédentaires dégagées apparaissent aujourd’hui importantes, de l’ordre de 4 à 5 millions de barils par jour, pour une consommation totale inférieure à 85 millions de barils par jour »

, note Benjamin Louvet, directeur général délégué de Prim’ Alternative Investments. Il y a quelques mois, les craintes que les producteurs ne puissent pas faire face à l’accroissement de la demande étaient réelles. Aujourd’hui, cette situation n’est plus vraie : les infrastructures - aussi bien de forage que de raffinage - permettent sans aucun mal de satisfaire la demande.

Retour aux fondamentaux.

Aujourd’hui, l’essoufflement de la demande a donc normalisé la situation du marché physique de cette matière première, mais a aussi réduit l’influence de paramètres purement financiers sur les prix. « En 2008, la forte hausse du baril au-dessus de 140 dollars avait été générée par la progression de la demande, mais aussi par l’impact des monnaies, de la spéculation et de la financiarisation de cette matière première. La baisse de la demande combinée à l'augmentation de l'offre ayant ramené les prix vers les niveaux des coûts de production, ces facteurs purement financiers présentent moins d’impact »,indique Jacques Chaussard, économiste au Crédit Agricole. Même si, toujours selon lui, « la récente reprise du pétrole est bien liée à la baisse du dollar ».

Situation d’équilibre.

Quels sont alors les éléments qui déterminent désormais le prix du pétrole ? La demande, bien sûr, mais pas seulement. Alors que dans les années 90, le prix plancher du pétrole était fixé par le prix de production de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) - en moyenne aux environs de 10 dollars par baril -, le prix est maintenant davantage fixé par les budgets nationaux des pays producteurs, plus proche des 40 dollars. « Il y a deux semaines, les pays de l’Opep ont défini leur niveau d’équilibre budgétaire avec un baril attendu aux alentours de 35 ou 40 dollars », note Danièle Tohmé-Adet, coresponsable de la plate-forme EasyETF chez BNP Paribas Asset Management. Il y a donc peu de chances pour que les prix descendent en dessous de cette limite. « Si les prix baissent trop, les pays producteurs ne pourront plus répondre à leurs exigences budgétaires  », renchérit un professionnel.

Evidemment, ce prix plancher est conditionné par le respect des quotas par les pays producteurs, ce qui est loin d’être tout le temps le cas.

« Les moyens dont dispose l’Opep pour contrôler les prix restent faibles. Certains des pays producteurs, comme le Venezuela, ont besoin de fonds. Il n’est donc pas possible de leur demander de baisser les volumes, surtout à un moment où les prix ont déjà beaucoup reculé. L’Opep permet donc d’ajuster la production mondiale, mais n’a pas un impact spectaculaire sur les prix », admet un spécialiste. Ce soutien des 40 dollars, même s’il est robuste, n’est donc pas infranchissable.

Mêmes inquiétudes sur le long terme.

Dans les prochains mois, le repli de la demande, aussi bien des pays émergents que des pays développés, devrait, selon de nombreux économistes, maintenir pendant quelque temps le pétrole sous la barre des 60 dollars. Cependant, sur le long terme, les stocks de cette matière première diminueront inexorablement même si, dans l’état actuel des techniques de production, les réserves actuelles assurent 50 ans d’une consommation identique à celle observée aujourd’hui (lire l'encadré).

« La crise est bien installée, au moins jusqu’au début de l’année 2010,

juge Jacques Chaussard. Mais la production de pétrole finira inéluctablement par redémarrer, tirée par la demande des pays émergents. D’autant qu’aujourd’hui, les prix bas du pétrole ne justifiant pas le lancement de nouveaux projets d’extraction, nous nous préparons, dans les prochaines années, à un déficit d’investissement, et donc à un fléchissement de l’offre. »

Au final, ce sont très logiquement les signes de reprise de la croissance qui feront rebondir les prix du baril.

« A chaque fois que les chiffres de l’économie américaine montreront des signes de reprise, nous estimons qu’il faudra investir sur le pétrole », déclare Danièle Tohmé-Adet. Il est peut-être encore un peu tôt.