La faiblesse de l’euro sert de bouclier face au coronavirus

L'Agefi Quotidien, Olivier Pinaud
La baisse de 3% de la monnaie unique face au dollar en un mois joue favorablement sur les résultats des groupes européens, et compense la perte d'activité.

L’épidémie de coronavirus n’a pas que des effets négatifs pour les entreprises européennes. L’accélération de la glissade de l’euro depuis la découverte mi-janvier du premier cas d’infection en Chine constitue un excellent facteur de soutien pour les groupes du Vieux Continent.

En un mois, la monnaie unique a perdu un peu plus de 3% par rapport au dollar, portant à 13% sa chute depuis son plus haut de février 2018. Or, les stratégistes actions d’UBS rappelaient vendredi que chaque baisse de 10% de l’euro face aux autres grandes devises (trade weighted index) augmente schématiquement de 6,4% le bénéfice par action des entreprises européennes, même si les frais de couverture ou l’augmentation du coût de la dette en dollars peuvent amputer une partie de cet effet positif.
Les avertissements se multiplient

«La faiblesse de l’euro est bienvenue pour l’Europe», reconnait Emmanuel Cau, stratégiste actions chez Barclays, au moment où «l’incertitude sur les perspectives pour 2020 grandit». Les «avertissements d’entreprises exposées à la Chine augmentent, particulièrement dans les secteurs des produits de grande consommation et industriels» et l’impact du Covid-19 sur ces valeurs est «plus important que celui du Sras de 2003», poursuivent les analystes de Barclays.

Leurs homologues de Goldman Sachs rappellent que l’économie chinoise est aujourd’hui «six fois plus grosse» qu’au moment du Sras et que le seul secteur du tourisme chinois représente à lui seul 0,4% du PIB mondial. D’après l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), le coronavirus a déjà coûté 4 à 5 milliards de dollars de revenus aux compagnies aériennes mondiales, soit quasiment autant que les 6 milliards de dollars du Sras de 2003.

Dans ce contexte, le coup de pouce monétaire pourrait venir en aide à de nombreuses entreprises européennes. En regardant la corrélation à long terme entre la performance sectorielle et le couple euro-dollar, les «semi-conducteurs, la santé-pharmacie, les médias, l’agroalimentaire sont parmi les plus grands bénéficiaires d’une monnaie unique faible», constate UBS. Alors qu’à l’inverse, les banques, l’immobilier ou les utilities ont tendance à profiter d’un euro fort.
Un appât pour les investisseurs américains

Des groupes comme Airbus, Safran, EssilorLuxottica, très exposés aux Etats-Unis et donc au dollar, ressortent ainsi dans la liste des gagnants potentiels établie par les analystes de la banque suisse, avec Unilever, Beiersdorf ou AB InBev.

La longueur de la crise du coronavirus, et donc son impact final, restent encore inconnus. Mais le vent arrière procuré par la baisse de l’euro pourrait contribuer à entretenir la tendance favorable des bénéfices des entreprises européennes constatée au dernier trimestre 2019. Les analystes de Morgan Stanley constataient que 43% des résultats publiés par les groupes européens au 17 février étaient supérieurs de 5% ou plus aux attentes.

Enfin, la faiblesse de l’euro pourrait avoir un effet de soutien plus large sur le marché. «L’amélioration de la rentabilité relative des entreprises européennes par rapport à leurs concurrentes américaines est l’un des facteurs clés qui pourraient inciter les investisseurs américains à revenir vers les valeurs européennes», expliquent les analystes d’UBS.