La dette souveraine en euro attend l’extension du programme de rachats

Fabrice Anselmi
Trois Etats-membres ont encore levé plus de 15 milliards dans d’excellentes conditions mardi.
François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a présenté lundi le PEPP comme l’outil le plus adéquat.

L'Allemagne a poursuivi mardi son programme d’émissions de dette avec l’adjudication de 5 milliards d’euros d’une obligation Schatz à 2 ans au rendement négatif de -0,66%. Avec 13,3 milliards et un taux de couverture de 3,3 fois l’offre placée, l’agence de la dette Finanzagentur a obtenu la plus forte demande sur ce type de titres en treize ans, soutenue notamment par la hausse des taux allemands, passés de -0,51% à -0,42% pour le 10 ans en cinq jours avec le déconfinement progressif et le regain d’optimisme qui ramène les investisseurs sur des actifs plus risqués. L’agence des Pays-Bas (DSTA) a placé 5 milliards à 7 ans (DSL à coupon 0,00%) avec un rendement de -0,382%, également conforme au marché.

Bien que la vague des nouvelles émissions en cours puisse exercer une pression à la hausse sur les spreads, l’Italie a levé de son côté 5,5 milliards d’euros via deux adjudications : la première sur une obligation indexée à 10 ans (BTP€i à 0,40% de coupon) de 1 milliard, avec un taux de couverture de 1,55 fois l’offre et un rendement de 1,29%, et la deuxième sur une obligation à 2 ans (CTZ 24) de 4 milliards, avec un taux de couverture de 1,42 fois l’offre et un rendement de 0,441%. Le pays profite d’un mouvement inverse qui a ramené ses taux à 10 ans à leur plus-bas de six semaines, à 1,53% mardi au lieu de 2,17% le 22 avril. Les BTP bénéficient probablement des nouveaux espoirs autour du plan de relance budgétaire de 500 milliards que la Commission européenne devrait présenter mercredi, et entre temps - car ce plan prendra des mois à entrer en vigueur selon Mizuho - de la perspective d’une extension du programme d'achats d'urgence pandémique (PEPP) lancé par la Banque centrale européenne (BCE).

Alors que cette dernière a bien précisé lors de sa réunion du 30 avril qu’elle se tient prête à augmenter dès le 4 juin le montant des rachats concernés par le PEPP, le gouverneur de la Banque de France, Francois Villeroy de Galhau, l’a présenté lundi comme l’outil le plus adéquat. Sur ce programme de 750 milliards d’achats jusqu’à fin 2020, les analystes attendent désormais une extension de 350 à 500 milliards, «et probablement jusqu’à septembre 2021», estime Frederik Ducrozet, stratégiste chez Pictet WM, ce qui permettrait de réinvestir les dettes à échéance pour se rapprocher à nouveau des clés de capital. Mardi, l'économiste en chef de la BCE Philip Lane a en effet confirmé que ce programme lié au Covid-19 avait la flexibilité de  s'écarter des clés de répartition théoriques par pays.