La crise sanitaire a modifié les comportements d'épargne

Plus de la moitié des Français ont épargné plus ou moins que d'habitude en 2020, d'après une enquête d'Altaprofits. En sortie de crise, l'envie de dépenser pourrait prendre le pas sur celle d'épargner.

La crise se fait sentir, tirant les épargnants vers le haut comme vers le bas. Une enquête d'Altaprofits avec Ifop présentée le 1er juin 2021 montre son impact sur le comportement d'épargne. Moins de la moitié des sondés ont conservé des habitudes d'épargne stables en 2020, quand 31 % ont épargné moins, 25 % davantage. La crise sanitaire a influé aussi bien les projets de placements futurs et le temps passé à s'informer (34 %) que la manière de s'informer (31 %) et le choix des produits (29 %). 

Une fois passé la crise, le tiers d'entre eux veulent en priorité dépenser. Pour se faire un petit plaisir par le biais d'achats ordinaires (8 %) ou un grand, comme une voiture ou un voyage (25 %). Chez ceux qui pensent à investir hors immobiliers (26 %), les livrets d'épargne ont toujours la cote (13 %), suivis des produits d'assurance vie (6 %), boursiers (4 %) et du PER (2 %). L'achat immobilier arrive en queue de peloton (13 %) - quasi à égalité avec l'option de conserver l'argent sur le compte courant - et la résidence principale ou secondaire (8 %) est plus populaire que l'achat locatif (5 %). 

Faire face à l'imprévu

Qu'est-ce qui pousse les Français à épargner plutôt qu'à consommer déraisonnablement ? L'imprévu, d'abord : la moitié des répondants y pensent en premier. Que ce soit pour faire face à celui du quotidien (33 %) ou à une situation exceptionnelle (15 %) comme la perte d'emploi, l'arrivée d'un enfant, une faillite... Pour un projet ensuite (27 %), à long terme (19 %), comme un achat immobilier ou la préparation de la retraite, ou à court terme (8 %), pour acheter une voiture, faire un voyage... 
L'aversion des Français au risque se confirme encore une fois : 3 % seulement privilégient les produits risqués avec une chance d'obtenir un rendement important, 19 % les produits «  un peu risqué ». Un peu de conseil pourrait-il faire pencher la balance ? Ils sont en tout cas 40 % à en demander, un peu ou beaucoup. 

«  L’épargne à court terme a pris le pas sur l’épargne de projet avec la crise sanitaire », indique Romain Bendavid, directeur de l'expertise entreprise et climat social à l'Ifop. Les Français sont 84 % à posséder au moins un produit d'épargne dans un établissement bancaire ou financier. 56 % en possèdent même plusieurs, mais les auteurs de l'étude ont noté que les CSP+ et les hauts revenus étaient sureprésentés dans cette deuxième catégorie. La région Bretagne devance les autres d'une courte tête, avec 93 % de réponses positifs. Les répondants sont 76 % à placer de l'argent à placer de l'argent au moins une fois tous les 6 mois, 45 % au moins une fois par mois. Seuls 6 % d'entre eux délaissent complètement leurs produits d'épargne. Par rapport à 2020, tous ces chiffres sont stables. Niveau régions, les habitants de l'Occitanie sont plus nombreux à épargner pour faire face à un imprévu, à l'inverse des bretons qui favorisent les projets. 

Côté produits, le PER, malgré sa progression, est encore boudé par une large majorité des sondés (72 %). Chez les 28 % qui se disent prêt à investir, la décision est poussée par la prévision d'un complément de revenu (90 %) mais pas seulement : 80 % considèrent les déductions d'impôts sur le revenu, 78 % le choix entre la rente viagère ou la sortie en capital, 64 % le fait de partir plus tôt à la retraite et 54 % prévoient un achat immobilier pour leurs vieux jours. Le label Relance, malgré les moyens importants déployés par le gouvernement pour en faire la promotion, reste inconnu des Français. 69 % d'entre eux n'en ont jamais entendu parler, et sur les 31 % restant, 23 % n'en ont qu'une vague idée. Résultat : seuls 14 % des sondés comptent investir ou ont déjà investi dans un fonds labellisé Relance. 

(1) Enquête menée auprès d'un échantillon de 2.400 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus par un questionnaire en ligne auto-administré du 19 au 26 avril 2021, selon la méthode des quotas après stratification par région et catégorie d'agglomération