La corrélation entre actions et obligations refait son apparition aux Etats-Unis

Fabrice Anselmi
L'absence d’inflation et le QE avaient anesthésié cette relation depuis des années et en 2020.
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Restée très négative depuis le début des années 2000, et encore dans cette crise du Covid à partir du 19 mars, la corrélation entre le prix des actions et celui des obligations, très importante dans l’allocation d’actifs, s’est un peu normalisée depuis novembre avec les perspectives de stimulus fiscal et d’inflation, «car elle dépend essentiellement du régime d’inflation. En l’absence de pressions inflationnistes, les investisseurs se concentrent sur les perspectives de croissance (non d’inflation comme dans un régime ‘plus normal’, ndlr) et l’obligataire peut alors jouer un rôle de valeur refuge en cas de choc actions», rappellent Emilie Tétard et Guillaume Martin, stratégistes cross assets et taux chez Natixis.

«Avec d’un côté les soutiens budgétaires et monétaires massifs, et de l’autre un marché du travail toujours dégradé, l’incertitude sur l’inflation revient sur le devant de la scène aux Etats-Unis, et fait remonter tendanciellement la corrélation actions/obligations», constatent-ils, loin de ce qui se passe en Europe où les pressions inflationnistes sont quasi nulles. Autrement dit, c’est quand ce régime d’incertitude sur l’inflation change soudainement que l’on retrouve une certaine corrélation positive sur des primes de risque actions et obligations évoluant alors dans le même sens.

Avec un effet durable ? Les politiques monétaires non conventionnelles (QE) tendent à générer ces pics très ponctuels de recorrélation, ou chocs simultanés sur les primes de risque actions et obligataires. Ce fut un peu le cas en août quand la Fed a annoncé sa nouvelle stratégie de ciblage d’inflation moyenne : les perspectives d’inflation sont alors remontées. Un tel épisode se reproduira probablement si au contraire, avec la reprise économique, la Fed se remet à communiquer sur une stratégie de diminution de son bilan.

«Mais nous ne croyons pas en une corrélation positive durable : nos économistes prévoient des pressions inflationnistes limitées en raison notamment du niveau de chômage et du lissage du stimulus dans le temps. Et la Fed repoussera autant que possible son ‘tapering’. Elle pourrait entretemps instaurer un programme de plafonnement des taux (Yield Curve Control), qui induirait une forte asymétrie dans la relation actions/obligations», indiquent Guillaume Martin et Emilie Tétard. La capacité de l’obligataire à servir de couverture ne devrait donc pas être affectée cette année, même si elle continuera, comme depuis 2008, à passer davantage par la prime de terme obligataire que par les anticipations de taux courts.