La Caisse des dépôts met 26 milliards d’euros sur la table pour une relance durable

Laurence Pochard
L’institution augmente sa force de frappe sur quatre axes jugés prioritaires, en affermissant sa posture d’investisseur responsable pour redresser la France après le choc lié à la pandémie de Covid-19.

Un effort considérable. La Caisse des dépôts a détaillé son plan d’investissement pour la relance post-Covid. Il comprend 26 milliards d’euros de fonds propres dont 80% ont vocation à être mis au travail en deux ans. Il s’agit de «nouvel argent», selon le directeur général de la Caisse Eric Lombard, les 26 milliards annoncés représentant la moitié des fonds propres de la CDC. Alors que la planification initiale des investissements en capital était de 4 milliards par an, elle passe à 10 milliards par an pendant deux ans. Le plan comprend également un volet de prêts aux collectivités réalisés grâce à l’épargne cumulée sur le Livret A et le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), pouvant atteindre 12 milliards d’euros d’ici 2022.

Pour autant, pas question d'agir sans vision de long terme. L’investissement sera réalisé en ciblant quatre axes principaux, en mettant en avant la transition écologique. Cette dernière va bénéficier de 6,3 milliards d’euros de fonds propres de la CDC, qui font partie de la dotation de 40 milliards annoncée par le gouvernement et sera gérée conjointement par ses filiales Bpifrance et la Banque des Territoires. Ce budget sera consacré à la rénovation énergétique des bâtiments, à la promotion des énergies renouvelables, aux transports durables, au traitement de l’eau et au recyclage des déchets.

Plus de vert, moins de brun

Dans ces domaines, la Caisse des dépôts a profité de l’annonce de ce plan pour apporter son soutien à «la création d’un champion national» via le rapprochement de deux de ses participations, Veolia et Suez dans le cadre d’un «accord amical».

La Caisse rappelle aussi son rôle dans la création des fonds de Place «Objectif climat» avec 12 grands institutionnels, qui investissent collectivement 600 millions d’euros. De plus, elle réaffirme ses engagements climatiques dans ce plan pour ce qui touche à son portefeuille financier : elle poursuit sa politique d’exclusion du charbon, et va annoncer à la fin de l’année de nouveaux objectifs de réduction de son empreinte carbone à horizon 2025, point d’étape pour l’atteinte des objectifs de l’Accord de Paris en 2050.

Dans l’enveloppe de 26 milliards, le logement va pour sa part bénéficier de 11,1 milliards d’euros. En détail, 8,3 milliards d’euros seront fléchés vers la construction en un an de 40.000 logements en Vefa, 900 millions d’euros de titres participatifs seront à destination du logement social, et des copropriétés dégradées seront rénovées.

Quant aux entreprises et à l’économie de façon générale, la Caisse prévoit de leur consacrer 8,3 milliards d’euros. Pour la relocalisation, le programme Territoires d’industries est doté d’un milliard d’euros. Dans les télécoms, le financement du déploiement du très haut débit en zones à faible densité est au menu. Pour le commerce, un dispositif de création de 100 foncières pour les boutiques de centre-ville est prévu, regroupant des acteurs publics et privés. Les TPE, PME et ETI se voient de leur côté allouer 1.200 « tickets d’investissement » de la part de Bpifrance pour renforcer leurs fonds propres.

Aide aux secteurs touchés

Le secteur du tourisme, durement touché par la crise du Covid, va faire l’objet de soins spécifiques : il va recevoir 1,3 milliard d’euros d’investissements de Bpifrance et de la Banque des Territoires. Et la Caisse soutiendra également ses filiales directes, notamment la Compagnie des Alpes. Elle annonce par exemple que le «Futuroscope 2» - un projet de 200 millions d’euros cofinancé avec le département de la Vienne - sera un modèle d’infrastructure durable.

Enfin, 500 millions d’euros iront renforcer la «cohésion sociale». Cela paraît peu par rapport aux autres poches d’investissements, mais la CDC rappelle qu’elle porte déjà un tiers de la dette hospitalière française. Sous cette étiquette, la Caisse range notamment la modernisation d’établissements de santé ainsi que des investissements pour développer et rénover des Ehpad.