La Bourse de Paris accuse le coup face au risque d'une victoire de Marine Le Pen

Capucine Cousin
Mardi l'indice CAC 40 perdait 1,28% alors que l’avance d’Emmanuel Macron fondait dans les sondages.
(Bloomberg)

Le spectre d'une possible victoire de la candidate d’extrême-droite à l'élection présidentielle face au président sortant Emmanuel Macron commence à être intégré par les marchés d'actions et d'obligations en France. A la clôture de la Bourse de Paris, l'indice CAC 40 a fini mardi soir en repli de 1,28% contre un gain de 0,19% pour l'indice paneuropéen Stoxx 600. La baisse de la cote parisienne est plus marquée que celle des autres places financières européennes, comme Milan (-0,86%) ou Francfort (-0,65%), Londres ayant même progressé de 0,72%.

Le rapprochement dans les sondages sur le second tour entre les deux favoris, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, met sous pression la place parisienne. Mardi, la candidate du Rassemblement national (RN) était créditée de 48,5% de voix au second tour, son score le plus élevé, selon un sondage Harris Interactive pour Challenges.

Autre signe de cette nervosité, le spread a augmenté ces derniers jours. Celui sur l'échéance à 10 ans est au plus haut depuis avril 2020 et le début de la pandémie. Le taux d'intérêt pour l'emprunt à 10 ans a clôturé à son plus haut de l'année, à 1,148%. Jusqu'ici, la confortable marge du président sortant dans les sondages laissait l'élection française sous les radars des investisseurs.

Les actions des banques françaises Société Générale, BNP Paribas et Crédit Agricole ont accusé en séance des pertes comprises entre 4% et 6% contre une baisse de 1,3% pour l'indice bancaire en Europe. Selon un trader anonyme cité par Reuters, les ventes sont particulièrement visibles sur les actions considérées comme les plus exposées à une victoire de Marine Le Pen. «Regardez Vinci et Eiffage, leur sous-performance est liée au risque Le Pen», a-t-il dit, faisant référence aux projets du RN de nationaliser des sociétés concessionnaires d'autoroutes. Vinci et Eiffage ont chuté en séance d'environ 5% avant de finir mardi en repli, de respectivement 4,09% et 4,19%.

Le programme de Marine Le Pen, qui souhaite maintenir l'âge de départ à la retraite à 62 ans, est jugé onéreux par de nombreux investisseurs, et moins favorable aux entreprises que celui d'Emmanuel Macron. «Le Pen serait probablement considérée par les marchés comme moins fiable en matière de dépenses publiques et de compétitivité économique, et comme un moteur peu enthousiaste et/ou un partenaire peu fiable pour l'Allemagne et l'Otan à un moment crucial pour l'Europe et l'Occident», écrit dans une note Giovanni Zanni, économiste chez NatWest.