La BCE rassure sur le maintien du programme d’achats d’urgence

Fabrice Anselmi
La communication de Christine Lagarde a confirmé quelques hésitations sur d’autres points.

La réunion de politique monétaire de la BCE (Banque centrale européenne) n’aura donné lieu à aucune nouvelle décision, si ce n’est le maintien des mesures «très accommodantes» mises en place face à la crise du coronavirus. Comme prévu, la banque centrale a marqué une pause dans ses annonces, gardant inchangés ses taux directeurs (avec un taux de dépôt à -0,50%), sa ligne directrice de convergence «robuste» vers l’objectif d’inflation proche mais inférieur à 2%, son programme d’achats d’actifs standard (APP/QE de 20 milliards d’euros par mois) et amplifié (de 120 milliards entre mars et décembre), et son programme d’achats d’actifs d’urgence (PEPP) lancé en mars et renforcé en juin (à 1.350 milliards) jusqu’à au moins mi-2021.

Après les propos des membres du board, Isabel Schnabel et Yves Mersch, qui laissaient entendre que l’enveloppe du PEPP n'aurait pas besoin d'être déployée entièrement, «Christine Lagarde a affirmé le contraire, ‘à moins d'une très bonne surprise’ dans les prévisions économiques, ce qui n’est pas le scénario central de la BCE», commente Axel Botte, stratégiste chez Ostrum. Pour lui, le ralentissement actuel du rythme du PEPP est davantage lié à la moindre liquidité saisonnière. «Lever toute ambiguïté était le plus important aujourd'hui : travail accompli», note aussi Frederik Ducrozet, stratégiste chez Pictet WM, qui estime toujours que le double objectif du PEPP – empêcher la fragmentation des marchés euros et assouplir la transmission de la politique monétaire - nécessiterait une extension supplémentaire de 500 milliards, «même si la décision pourrait être reportée à décembre».

A plusieurs reprises, la présidente de la BCE a insisté sur la «flexibilité» du PEPP, rappelant que cette caractéristique nécessaire à l’efficacité du programme passerait devant le principe directeur des clés de répartition : contrairement à d’autres fois, les rendements italiens à 10 ans ont diminué pendant son discours, jusqu’à 1,23%, au lieu de 1,29% jeudi matin, alors que l’absence d’annonces aurait pu avoir l’effet inverse, estime HSBC.

Pas d'augmentation du mécanisme de «tiering»

En revanche, à la question d’augmenter le mécanisme de «tiering» destiné à pallier le taux de dépôt négatif. Christine Lagarde a précisé que le Conseil des gouverneurs n’en avait même pas discuté et ne voyait «pas de raison particulière de le faire» à l’heure actuelle. «L’excès de liquidité (de 600 milliards) est pourtant un sujet, mais la BCE ne souhaite pas concurrencer par cette mesure les marchés de taux courts sur lesquels les Etats (Allemagne et France) se financent beaucoup actuellement. En outre, elle considère qu’elle a déjà allégé le coût de financement des banques en aménagement ses opérations de refinancement ciblées à long terme (TLTRO 3)», poursuit Axel Botte. Avec des taux d’emprunt le plus souvent à -1% pendant un an sur les nouveaux TLTRO 3 – dont la quatrième série a permis l’injection de liquidités à hauteur de 548 milliards nets (1.308 milliards bruts) le 18 juin -, les banques pourront faire du portage en rachetant des obligations d’Etat de même durée à -0,50%, de quoi compenser le coût lié au taux de dépôt.

Quant au financement de l’économie, Christine Lagarde a estimé que les politiques monétaires menées depuis mars permettraient de sauver 1,3% de PIB réel de la zone euro (et 0,8% d'inflation annuelle) d'ici à fin 2022, et auraient déjà soutenu les 250 milliards de prêts bancaires réalisés entre mars et juin… omettant de rappeler qu’il s’agissait surtout de lignes de crédit pré-existantes sur lesquelles les entreprises ont tiré dans l’urgence et par précaution. On ne verra sans doute que plus tard les effets réels des mesures BCE sur l’ampleur et les conditions financières des nouveaux prêts souscrits ensuite, en dehors des prêts garanties par l’Etat (PGE) - également éligibles au collatéral des TLTRO.

Avis sur la politique budgétaire

Enfin, à la veille d'importantes négociations sur le plan de relance paneuropéen, la présidente de la BCE a engagé les pays membres de l'Union européenne (UE) à l’adopter rapidement, alors que l'incertitude reste élevée concernant la vigueur de la reprise après le choc lié au Covid-19, et malgré les améliorations de mai et juin. «Une politique budgétaire ambitieuse et coordonnée demeure essentielle (…). De nombreux dirigeants européens sont conscients de l'importance de ne pas perdre de temps», a commenté Christine Lagarde, malgré les réticences des pays dits «frugaux». Les obligations émises par la Commission européenne pour financer une partie des 500 milliards de subventions plus 250 milliards de prêts du fonds de relance de l’UE pourraient d’ailleurs être rachetées par le PEPP.