La BCE précise les contours d’un éventuel euro digital

Pauline Armandet
Le lancement de cette monnaie ne réussira que s’il répond aux besoins des Européens, notamment en matière de vie privée, prévient la Banque centrale européenne.

Son rapport était très attendu. Après avoir lancé une consultation en octobre dernier sur la création d'un euro digital, la Banque centrale européenne (BCE) a publié mercredi une synthèse des plus de 8.200 réponses reçues. Preuve de l'intérêt suscité par le projet, la plupart des répondants sont des particuliers (94%), aux côtés de professionnels (commerçants, banques).

«Un euro numérique ne sera un succès que s’il répond aux besoins des Européens», a déclaré Fabio Panetta, membre du directoire de la BCE. Selon le rapport, la confidentialité lors des paiements, reste la priorité numéro un des particuliers et des professionnels en cas d’utilisation d’un euro digital (43%), avant la sécurité (18%), la facilité d’utilisation dans toute la zone euro (11%), l’absence de coûts supplémentaires (9%) et la facilité d’utilisation hors ligne (8%).

Deux tiers des répondants ont déclaré que l’euro digital devrait être proposé par des intermédiaires du secteur privé et intégré dans le système de paiement existant. Un quart d'entre eux souhaitent qu'il soit proposé sous forme de «carte à puce» ou d'application téléphonique afin qu'il puisse être dépensé hors ligne. Ces derniers espèrent qu’un tel système de paiement permettrait de réaliser des paiements transfrontaliers moins chers, y compris hors de la zone euro. Par ailleurs, la moitié des participants «mentionnent la nécessité d’établir des limites de détention, une rémunération par paliers ou une combinaison des deux pour gérer la quantité d’euros numériques en circulation», souligne le rapport.

Ce rapport «constituera un apport important pour la décision que prendra le Conseil des gouverneurs à la mi-2021 quant à l'opportunité de lancer un projet d'euro numérique», a déclaré Fabio Panetta. Le rapport souligne enfin que des expériences permettant d'établir les forces et faiblesses d'un euro digital demeurent «nécessaires». Le rapport ne va pas aussi loin que les déclarations début avril de la présidente de la BCE, Christine Lagarde.

Cette dernière avait indiqué au cours d'une interview sur Bloomberg qu’un euro digital pourrait voir le jour en 2025. «L'ensemble du processus - soyons réalistes - prendra à mon avis encore quatre ans, peut-être un peu plus. Mais j'espère que nous pourrons le maintenir dans les quatre ans», a ajouté Christine Lagarde, précisant qu’il s’agit «d'un effort technique ainsi que d'un changement fondamental».