La BCE juge urgent d’attendre

Valérie Venck
La BCE a décidé de maintenir le rythme de ses rachats d'actifs, considérant qu'aucune évolution depuis le mois de mars ne justifiait de changement.

Confrontée à de nombreuses incertitudes sur l'évolution de la pandémie de Covid-19, la Banque centrale européenne (BCE) a opté jeudi pour le maintien d'une politique monétaire accommodante et sa présidente, Christine Lagarde, a jugé qu'un retrait du programme d'achats d'urgence serait prématuré.

L'enveloppe du Programme d'achats d'urgence pandémique (PEPP), lancé en mars 2020 pour protéger la zone euro contre les répercussions économiques de la crise sanitaire, a été maintenu jeudi à 1.850 milliards d'euros et se poursuivra au moins jusqu'en mars 2022, comme indiqué précédemment. En fonction de l'évolution des conditions de financement, l'enveloppe pourrait ne pas être utilisée dans son intégralité ou être recalibrée, a précisé la BCE.

Afin de répondre à la hausse des rendements obligataires depuis le début de l'année et d'éviter un resserrement des conditions de financement en zone euro, la BCE avait annoncé le mois dernier une accélération du rythme des achats d'actifs effectués dans le cadre du PEPP au deuxième trimestre, ce qu'elle a confirmé.

«Les informations disponibles ayant confirmé l'évaluation des conditions de financement et des perspectives d'inflation définie conjointement lors de la réunion de politique monétaire de mars, le conseil des gouverneurs prévoit que les achats au titre du PEPP se poursuivront durant le trimestre en cours à un rythme nettement plus élevé que pendant les premiers mois de l'année», a indiqué la BCE dans son communiqué.

La perspective d'une accélération de la croissance avec la vaccination, associée à la stabilité de l'enveloppe globale du programme, a amené les investisseurs à s'interroger sur une éventuelle réduction du rythme des achats d'actifs à partir du troisième trimestre.

Un retrait du PEPP serait prématuré

«Un retrait [du PEPP] n'a pas fait l'objet de discussions et serait tout simplement prématuré», a affirmé la responsable au cours de la conférence de presse tenue à l'issue de la réunion du conseil des gouverneurs de la banque centrale.

Pour le moment, la BCE procède à «une augmentation claire et significative du rythme des achats et il en restera ainsi» jusqu'à la fin du deuxième trimestre, a martelé Christine Lagarde.

Ulrike Kastens, économiste Europe chez DWS, reste confiante après les déclarations de la présidente de la BCE. «Nous pensons que les inquiétudes concernant la réduction des achats mensuels d'actifs ne sont pas fondées. Les marges de manœuvre dans l'économie sont importantes et la hausse de l'inflation ne devrait être que transitoire et non persistante», a-t-elle déclaré dans une note publiée jeudi.

Mettre en œuvre «sans délai» le plan de relance de l'UE

La dirigeante a expliqué que l'économie de la zone euro restait confrontée à de nombreuses incertitudes à court terme liées à la pandémie de Covid-19, notamment à la propagation de nouveaux variants, et que des mesures de soutien monétaire et budgétaires restaient «essentielles».

Concernant la politique budgétaire, la banquière centrale a répété que le conseil des gouverneurs considérait «urgent» que le plan de relance de 750 milliards d'euros de l'Union européenne soit mis en œuvre «sans délai». Une dizaine d'Etats membres de l'UE, dont l'Allemagne, n'a pas encore approuvé ce plan destiné à soutenir l'économie européenne face à la crise sanitaire.

Les politiques monétaire et budgétaire sont «complémentaires, elles ne se substituent pas», a souligné la dirigeante.

Christine Lagarde a tenu ces propos alors que la BCE a laissé jeudi l'ensemble de ses taux d'intérêt et ses programmes d'achats d'actifs inchangés, comme anticipé par les économistes.

Dans un communiqué, la BCE a indiqué qu'elle laissait son principal taux de refinancement à 0% et son taux de rémunération des dépôts à -0,5%. La banque centrale a également confirmé ses indications prospectives («forward guidance») sur les taux, indiquant qu'ils resteraient à leurs niveaux actuels ou plus bas jusqu'au retour de l'inflation à un niveau «proche de, mais inférieur à, 2%».

Le programme d'assouplissement quantitatif (QE) de la BCE se poursuivra par ailleurs au rythme de 20 milliards d'euros par mois aussi longtemps que nécessaire pour renforcer l'effet accommodant de la politique de taux et prendra fin peu avant le premier relèvement des taux d'intérêt, a indiqué la BCE.