La BCE et la BoE tirent les leçons de l’affaire Archegos

Dans une lettre commune, les patrons respectifs de la supervision bancaire à la BCE et à la BoE, ont promis aux banques qui exercent des activités de financement de hegde funds des contrôles accrus.

Après l'affaire Archegos, les activités de financement des hegde funds (prime brokerage) sont dans le viseur de la Banque centrale européenne (BCE) et de la Banque d'Angleterre (BoE). Dans une lettre commune, Andrea Enria et Sam Woods, les patrons respectifs de la supervision bancaire à la BCE et à la BoE, ont promis mercredi aux banques qui exercent ces activités des contrôles accrus.

La faillite du family office Archegos en mars 2021 a fait perdre plusieurs milliards de dollars à ses banques, dont Credit Suisse. Celles-ci avaient dû liquider en quelques jours les énormes positions prises par le fonds sur les marchés actions. Aucune n'avait de vue complète des risques pris par Archegos, car ce dernier avait investi par le biais de produits dérivés qui masquaient à ses différents créanciers aussi bien qu'aux régulateurs la totalité des positions.

«Cet épisode a montré qu'en l'absence d'une gouvernance, d'une culture du risque, d'une stratégie commerciale et de cadres de gestion des risques suffisamment solides, l'exposition des banques aux fonds spéculatifs et à d'autres intermédiaires financiers non bancaires peut laisser de graves séquelles», écrivent Andrea Enria et Sam Woods.

Une poignée d'acteurs mondiaux

En décembre dernier, à la suite de contrôles, la Prudential Regulation Authority britannique a demandé aux directeurs généraux des banques prime brokers de prendre des mesures pour améliorer la gestion du risque de leurs établissements. «Dans le même ordre d'idées, la BCE a clarifié ses attentes auprès des banques concernées et assurera un suivi par des examens ciblés et des contrôles sur place dans les domaines du risque de crédit de contrepartie», poursuit la lettre.

Rémunérateur mais risqué, le financement des hedge funds n'est plus assuré que par une poignée d'acteurs de taille mondiale. Il s'agit d'abord des banques américaines, Goldman Sachs et Morgan Stanley en tête. En Europe, BNP Paribas a gardé des ambitions mondiales et a repris la plateforme de Deutsche Bank. Après la débâcle d'Archegos, les dirigeants de Credit Suisse ont annoncé que la banque allait sortir de ce métier.

Les deux superviseurs de la BCE et de la BoE entendent appliquer la même rigueur à d'autres compartiments du trading où les banques peuvent faire face à un risque de contrepartie élevé, «de toute évidence dans les marchés de l'énergie et des matières premières». La forte volatilité des prix des matières premières en raison de la guerre en Ukraine a notamment provoqué début mars un «squeeze» des cours du nickel, certains intervenants étant devenus incapables d'honorer leurs engagements financiers.