La bataille fait rage sur l’action Solutions 30

Olivier Pinaud
Les investisseurs longs ont quitté le navire en début de semaine provoquant les conditions parfaites pour créer un «short squeeze».
(Max Pixel)

L’action Solutions 30 est devenue un champ de bataille entre hedge funds, avec les petits porteurs au milieu. Après sa chute de 70% lundi, suivie d’une nouvelle baisse de 8% mardi, le cours de l’action a rebondi de 38% ce jeudi. Il avait déjà gagné 34% mercredi. En deux séances, Solutions 30 s’est ainsi envolé de 75%.

Ce grand huit boursier se joue dans des volumes extrêmement nourris : plus de 92 millions d’actions ont changé de mains depuis lundi, soit 86% du capital.

Si certains actionnaires particuliers ont été rassurés par les propos tenus mercredi par Gianbeppi Fortis, le président du directoire de Solutions 30, dans Le Figaro et sur BFM Business, ce qui a contribué à la remontée du cours, ce violent rebond s’explique surtout pour des raisons techniques.

Depuis que Solutions 30 a révélé le week-end dernier que son auditeur EY n’était pas en mesure de rendre une opinion sur ses comptes 2020, les investisseurs dits longs ont vendu leur position, notamment pour des raisons de contraintes liées à leur politique ESG. Comgest, qui était l’un des principaux actionnaires de Solutions 30, avec plus de 5% du capital, a par exemple confirmé dans une déclaration transmise à L’Agefi «avoir cédé l’intégralité de sa participation» à la suite de «l'annonce publique de l'auditeur de la société, EY, qu'il n'était pas en mesure d'exprimer une opinion sur les états financiers de 2020».

La sortie massive de ces investisseurs longs a eu un effet direct sur le marché des ventes à découvert : les titres que les fonds longs prêtaient contre une rémunération aux hedge funds comme Muddy Waters pour qu’ils puissent mettre en place leur stratégie de vente à découvert se sont retrouvés brusquement indisponibles. Conséquence : les hedge funds ont dû rapidement acheter des actions Solutions 30 pour déboucler leurs positions.

Cette course aux titres a été malicieusement entretenue par d’autres hedge funds qui, connaissant la situation inconfortable de leurs confrères vendeurs à découvert, ont eu intérêt à entretenir la hausse du cours en achetant eux-mêmes des titres pour profiter du flux acheteur.

Ce phénomène a déjà été vu sur d’autres dossiers ayant fait l’objet de ventes à découvert massives, notamment sur Wirecard. En juin 2020, lors de la découverte du scandale, le cours avait été divisé par près de 100 en quelques jours avant de regagner plus de 400% en deux séances.

Si Muddy Waters a débouclé sa position, ce n'est pas le cas de Lansdowne : le plus gros vendeur à découvert sur Solutions 30 a augmenté le 26 mai sa position de 0,02 point, à 3,11% du capital.