La banque de détail retrouve le chemin de la croissance

L'activité, qui a pesé pendant des années sur le résultat des banques, voit ses revenus rebondir. En attendant la hausse des taux.
(RK.)

Il faut tenir. Cela fait plusieurs années que les discours sur la banque de détail sont les mêmes : les taux bas et la concurrence des nouveaux entrants condamnent l’activité à une baisse continue de sa rentabilité. Vraiment ? Depuis plusieurs trimestres, les réseaux, et notamment les banques françaises, ont vu leurs revenus rebondir. Le modèle de banque universelle, qui repose à la fois sur des activités de banque de financement et d’investissement (BFI), mais aussi sur celles de banque de détail, avait été délaissé par les actionnaires des banques cotées. Ceux-ci pourraient bien s’y intéresser à nouveau.

Rebond

Lors de la présentation de leurs résultats du troisième trimestre, BNP Paribas, la Société Générale, ou le Crédit Agricole se sont félicités de la bonne tenue de leurs réseaux. Les trois groupes ont souligné une croissance de leurs revenus sur cette activité, portée d'abord par une hausse des commissions, mais aussi, fait nouveau, par celle des marges d’intérêts – la différence entre le taux auquel une banque prête et celui auquel elle se refinance.

Chez BNP Paribas, par exemple, le produit net bancaire (PNB) de la banque de détail en France a augmenté de 5% sur un an au troisième trimestre. Au Crédit Agricole, dans le réseau LCL, sur cette même période, le PNB est en progression de 5,1%. A la Société Générale, la même tendance est observée. Le PNB de l’activité de la banque de détail progresse au troisième trimestre dans les mêmes proportions, à savoir de 5,7% comparé à l’année précédente.

Appétit retrouvé

Certes, ces bonnes performances ne sont pas toujours celles qui font évoluer les cours des banques en Bourse. Les marchés restent souvent attachés à l’évolution de l’activité des divisions de BFI. La pandémie a aussi poussé les investisseurs à prendre en compte la hausse des provisions, avec le renchérissement du coût du risque, et la maîtrise des coûts. Cependant, certains courtiers commencent à voir le potentiel de la banque de détail.

Dans un sondage effectué auprès des investisseurs, les analystes de JPMorgan constataient au mois d’octobre, avant même la saison de publication des résultats, que 71% des répondants surpondéraient les banques européennes dans leurs portefeuilles. Ils n’étaient que 58% en avril, et 25% en décembre 2020. Mais plus intéressant encore, «45% des personnes interrogées sont susceptibles d'augmenter leur exposition aux banques européennes au cours des 12 prochains mois», explique le bureau d’analyse. Longtemps boudées par rapport aux américaines, elles reviennent dans les portefeuilles. D’ailleurs, depuis le début de l’année, l’indice des banques européennes affiche une hausse de plus de 40%, contre 20% pour l’indice global.

Marges d’intérêts en point de mire

Une des raisons de cet engouement pour les valeurs bancaires européennes est la possible accélération de la croissance de leurs marges d’intérêts, une des sources de revenu des activités de banque de détail qui s’était tarie depuis plusieurs années. Pendant ce temps, les structures ont dû revoir leur modèle, en sabrant notamment leurs coûts opérationnels. Elles sont donc devenues plus sensibles à une amélioration de l’environnement de taux.

«Des taux d'intérêt plus élevés semblent se profiler à l'horizon, bien que le calendrier ne soit pas clair, et dans l'ensemble, cela serait structurellement positif pour les revenus des banques européennes», peut-on lire dans une récente étude de DBRS Morningstar. Dans ce contexte, les banques françaises sont particulièrement bien positionnées. Car en France cette remontée n’affecterait pas, dans un premier temps, la qualité des prêts accordés étant donné que la très grande majorité de ceux-ci sont à taux fixe.

Une remontée des taux aurait par ailleurs un autre effet bénéfique sur les banques européennes. La Banque centrale européenne pourrait rétablir un taux de facilité de dépôt positif pour les banques. Encore une fois, les françaises, qui n’ont pas répercuté les taux de dépôt négatifs – depuis 2014 – sur leurs clients particuliers, profiteraient de cette normalisation. Même si, ces derniers trimestres, le mécanisme mis en place par la BCE dans le cadre de ses injections de liquidité à taux très négatif (TLTRO) a permis aux établissements de crédit de préserver une partie de leurs marges. La patience pourrait payer.