Julius Baer présente des résultats en trompe-l’œil

Malgré une hausse de son bénéfice de 43%, la première banque suisse à publier ses résultats a ralenti en mai et juin.
Adrian Moser

Le semestre avait mal commencé pour le gérant de fortune zurichois Julius Baer. Alors que le groupe annonçait 300 suppressions de postes à la suite de mauvais résultats, la banque avait été mise sous surveillance au mois de février par la Finma, le régulateur suisse, pour des manquements concernant le blanchiment d’argent.

Ces déboires n’ont pas empêché la banque d’afficher hier un résultat semestriel de 491 millions de francs suisses (456 millions d’euros), en hausse de 43,6 % par rapport au premier semestre 2019. Cependant, les marchés n’ont pas été dupés par des profits avant tout liés à la volatilité des marchés et, inquiets du ralentissement de l’activité de la banque aux mois de mai et juin, ont sanctionné le titre qui a perdu 2,98 % à la bourse de Zurich.

Sur le premier semestre, la banque n’a pas échappé à une baisse de ses actifs. Ceux-ci ont reculé de 6 % à 402 milliards de francs. Malgré une collecte nette de 5 milliards de francs, l’effet performance a contribué négativement à hauteur de 16,2 milliards. De la même manière, l’effet devise (la hausse du franc suisse par rapport aux autres devises), a aussi provoqué une baisse de la valeur des actifs de 12,5 milliards. Par ailleurs, la marge nette d’intérêt de la banque a chuté de 19 % à 333 millions de francs.

Eléments conjoncturels

Le rebond des résultats de Julius Baer est à mettre principalement au crédit d’éléments conjoncturels. En premier lieu, le groupe a profité de la forte hausse des commissions liées à l’activité de ses clients pendant le plus fort de la crise du Covid en Europe. Ces revenus ont en effet progressé de 8 %, à 1,03 milliard de francs. Ensuite, la banque a vu ses profits liés aux activités sur instruments financiers bondir de 71 %, à 515 millions de francs. Ces activités regroupent le trading sur devises, dérivés et matières premières et ses produits structurés.

Dans un communiqué, le directeur général de la banque, Philipp Rickenbacher se réjouit du fait que « les excellents résultats du premier semestre 2020 démontrent la force et la résilience de notre modèle de gestion de patrimoine pur ». Il n’empêche, le groupe avait, au mois d’avril, communiqué sur une marge brute sur encours à 95 points de base grâce à son programme de réduction de coûts enclenché depuis l’année dernière, mais ce chiffre a été ramené à 92 points de base deux mois plus tard. Julius Baer, pour qui les analystes de Credit Suisse avaient revu à la hausse leur objectifs de cours en mai dernier, n’a pas fini sa restructuration.