« Il faut proposer aux retraités les mêmes méthodes de gestion qu'aux institutionnels »

Natixis Global AM vient de publier son indice mondial des retraites et constate que les individus sous-estiment leurs futurs besoins financiers
Christophe Point, directeur de Natixis Global AM Distribution France, revient sur le rôle qu’auront à jouer les conseillers en gestion de patrimoine
Christophe Point
Christophe Point, directeur de Natixis Global AM Distribution France

L'Agefi Actifs. - Vous venez de publier « L’Indice mondial des retraites », en partenariat avec Core Data. Quelles premières conclusions pouvez-vous nous livrer sur cette étude ? 

Christophe Point. - Cet indice mondial des retraites est l’agrégation d’indices publiés par diverses organisations internationales, comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’OCDE ou la Banque mondiale, et établit un classement des pays en fonction du bien être de leurs retraités. L’indice permet non seulement de comparer tous les pays entre eux, mais aussi de déterminer comment évolue la situation des retraités dans chaque pays ou chaque grande zone du monde.

Le premier constat que nous pouvons faire à partir de cette étude, c’est que la « vieille Europe » s’occupe plutôt bien de ses retraités. De nombreux pays européens se trouvent parmi les quinze premiers du classement. La France, par exemple, est à la quinzième place devant le Royaume-Uni (18ème) ou les Etats-Unis (19ème).

La France est bien placée, mais c’est avant tout dû à son système de santé…

L’indice mondial des retraites est composé de quatre sous-indices : la santé (en fonction, notamment, de l’espérance de vie, des dépenses de santé, du nombre de lits d’hôpital par habitant…), la qualité de vie (comprenant, entre autres, le climat, la pollution de l’air ou de l’eau), les finances (à partir des données de finance publique ou de marché) et le bien être matériel (avec le revenu par habitant ou encore le niveau d’inégalité). Et effectivement, la santé constitue un des points forts de la France, avec la qualité de vie. En revanche, le critère financier est plutôt plus bas dans les classements. Par rapport à l’année dernière, la France perd cinq places, mais le score global du pays a peu évolué. Le pays reste, quoi qu’il en soit, très bien classé.

Cependant, cette bonne place ne doit pas faire oublier que l’environnement global de la retraite se dégrade progressivement, et ce partout dans le monde. Les retraités sont donc aujourd’hui dans une situation plus fragile qu’il y a à peine douze mois, et nous nous attendons à ce que cette tendance s’accentue encore dans les prochaines années. En France comme ailleurs, les futurs retraités doivent se préparer à des lendemains plus difficiles.

La situation des retraités se dégrade donc, mais comment les individus peuvent-ils faire face ?

Toutes nos études démontrent, quel que soit le pays concerné, que les individus sous-estiment leurs besoins financiers pour leur retraite. Il est indispensable alors que les futurs retraités soient accompagnés pour élaborer des plans de financement adaptés à leurs besoins lorsqu’ils cesseront leur activité. Les conseillers financiers – et en particulier les conseillers en gestion de patrimoine indépendants (CGPI) – ont un rôle fondamental à jouer pour aider les individus à préparer un départ en retraite personnalisé.  

Et sur ce point, nous devons tous nous adapter. La retraite doit être abordée non pas en raisonnant à partir de portefeuilles construits autour d’indices de marchés, mais en fonction des contraintes spécifiques de chacun. Cette problématique est, en quelque sorte, identique à celle des institutionnels qui déterminent le profil de rendement dont ils ont besoin en fonction de leur passif. Il faut donc, pour simplifier, appliquer aux retraités – ou futurs retraités - les mêmes méthodes de gestion actif-passif utilisées par les institutionnels et construire avec eux un « benchmark personnel ». 

L’offre financière du marché est-elle adaptée pour répondre à ces besoins ?

Oui, l’offre existe, aussi bien sur le plan fiscal (avec l’assurance-vie, le PEA, le PEA-PME) que sur celui des produits proposés (fonds traditionnels, alternatifs, capital investissement, immobiliers…). Mais les investisseurs ont parfois du mal à gérer la volatilité et le risque en capital à court terme. Il faut donc, avant tout, que les conseillers travaillent de concert avec leurs clients – et les gestionnaires d’actifs - pour construire des portefeuilles durables sans indice de référence, mais avec un niveau de risque adapté aux nouvelles contraintes de passif de leurs clients en rapport avec leur benchmark personnel. Nous aimerions accompagner les conseillers et leurs clients dans cette démarche